Depuis près de trente ans, Wicked redonne vie à la Méchante Sorcière de l’Ouest en la transformant en héroïne complexe et attachante. Né d’un roman subversif puis porté au rang d’œuvre culte à Broadway, l’univers d’Oz réinventé s’impose aujourd’hui au cinéma comme un phénomène culturel majeur.
Tout commence en 1995, lorsque Gregory Maguire publie Wicked: The Life and Times of the Wicked Witch of the West. En replongeant dans l’univers créé par L. Frank Baum, il propose une relecture profondément moderne : fini le manichéisme, place aux zones d’ombre et aux injustices qui ont façonné Elphaba. Le personnage, autrefois simple antagoniste, devient une jeune femme brillante, sensible, marginalisée : une héroïne tragique plus qu’une sorcière malfaisante.

En 2003, la comédie musicale de Stephen Schwartz et Winnie Holzman propulse cette vision sur la scène de Broadway. Avec ses décors spectaculaires, ses effets visuels et des chansons devenues emblématiques (dont l’incontournable Defying Gravity interprété à l’origine par Idina Menzel) Wicked devient rapidement l’un des spectacles les plus populaires au monde. Sa longévité exceptionnelle, célébrant ses vingt ans, témoigne de sa capacité à toucher un public extrêmement large.
L’adaptation cinématographique de Jon M. Chu, sortie en 2024 puis 2025 pour sa seconde partie, prolonge ce triomphe. Fidèle à la structure du spectacle, le film réunit un casting prestigieux : Cynthia Erivo incarne Elphaba et Ariana Grande Glinda. Couronné par un box-office record, Wicked devient la comédie musicale adaptée au cinéma la plus rentable de l’histoire et remporte plusieurs récompenses majeures, dont l’Oscar des meilleurs costumes et de la meilleure direction artistique.

Une œuvre en résonance avec notre époque
La force de Wicked réside surtout dans son changement de perspective. Loin de Dorothy, c’est l’amitié tumultueuse entre Elphaba et Glinda qui devient le cœur du récit. À travers elles, l’histoire aborde des thèmes universels : différence, justice, pouvoir, construction de l’identité et poids du regard social. En donnant enfin une voix à Elphaba, l’œuvre interroge la fabrication du “méchant” et la manière dont une société peut marginaliser ceux qu’elle ne comprend pas.
Si Wicked rencontre aujourd’hui un tel engouement, c’est parce qu’il résonne profondément avec notre époque. La peau verte d’Elphaba devient une métaphore puissante de l’altérité, de la discrimination et des identités minoritaires. Son message (défendre sa singularité, refuser les récits imposés, s’émanciper) trouve un écho particulièrement fort auprès des nouvelles générations.
Entre spectacle total, émotion sincère et réflexion sociale, Wicked a su se renouveler à chaque étape. C’est cette capacité à conjuguer imaginaire, musique et sens qui explique pourquoi cette revisite du mythe d’Oz s’est imposée comme l’un des phénomènes culturels majeurs des vingt dernières années.


