La musicienne et chanteuse Rebeka Warrior, désormais autrice, raconte dans Toutes les vies l’épreuve de la maladie, de la perte et du deuil de l’être aimé. Un récit au style brut et poétique, qui prend aux tripes. Ce premier roman a remporté le Prix de Flore 2025.
De l’électroclash de son premier duo Sexy Sushi à l’EBM de son groupe Kompromat, Rebeka Warrior se réinvente sans cesse, toujours traversée par cette énergie punk qui imprègne sa musique. Généreuse sur scène, elle crée une symbiose avec le public, dans lequel elle n’hésite pas une seconde à plonger pour un slam aller-retour, tout en continuant de chanter avec intensité.
Quelque part (et tant mieux), c’est cette même ardeur, cette même sincérité que l’on retrouve dans son roman : ce truc entier, sans complexe, qui ose montrer ce qu’il y a de plus crade et de plus joyeux en soi. Avec Toutes les vies, l’autrice revient sur les dernières années de vie partagée avec son amoureuse Pauline, emportée par un cancer du sein très agressif, il y a sept ans. Rebeka Warrior écrit la difficulté d’être aidante, la lutte et la détresse, mais aussi la puissance de l’amour indéfectible qui unit les deux protagonistes. Le texte relate de façon crue les pensées les plus noires qui traversent l’autrice à l’égard de sa compagne mourante.
Jusqu’à la métamorphose
Rebeka Warrior a le sens du rythme, l’écriture est brute, sans fioriture. La musicalité du texte rend sa lecture fluide, jusqu’à ne plus lâcher le livre. Entre récit autobiographique et passages fictionnels, l’écrivaine donne à lire des extraits de ses journaux intimes et des lettres de sa correspondance amoureuse avec Pauline. Le récit est émaillé de citations de penseurs qui accompagnent l’autrice dans cette éprouvante traversée : d’Hermann Hesse, à Marc Aurèle en passant par Jean-Paul Sartre (tout en soulignant avec humour, que ce sont de « vieux philosophes blancs, cis et morts ») et permet au texte d’inscrire l’expérience du deuil dans une dimension universelle. Comment transcende-t-on l’épreuve de la perte ? Rebeka Warrior puise dans la littérature pour trouver des réponses et adoucir son chagrin.
L’autrice invoque par ailleurs la création artistique (et raconte ce passage d’un vide créatif à la naissance d’un nouveau projet musical ; son duo avec Vitalic pour former Kompromat) comme moyen de transformer la douleur. Elle poursuit sa quête de paix intérieure dans la spiritualité, et ce à la fois par la drogue et le bouddhisme. Le personnage de Rebeka ingère un nombre étourdissant de substances dans une recherche de connexion avec l’au-delà. Une espèce de fuite en avant, jusqu’à trouver une forme d’apaisement dans les préceptes bouddhistes. Elle teste, toujours de manière extrême, différentes méthodes de méditation. Si certaines pages prennent des allures de manuel pour mieux vivre (et donc mieux appréhender la mort), c’est toujours porté par un élan du cœur. L’autrice nous invite à penser notre rapport à la finitude.
De l’auto-dérision et de la force, il en faut pour accoucher d’un tel roman. « Warrior » prend alors tout son sens, tout comme la musique de l’artiste, qui nous emporte et nous secoue.



