Rencontre avec Blasé, le producteur sorti de l’ombre

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Avec BLABLABLA, Blasé ouvre un nouveau chapitre en solo, plus personnel que jamais. Producteur discret devenu incontournable, il brouille les frontières entre ses influences et révèle une part de lui qu’on n’avait encore jamais entendue.

On se demande vraiment comment ils y sont parvenus, mais la voiture familiale et son énorme soundsystem sont biens là, au dernier étage d’un parking désaffecté en plein cœur de Paris. Pour la listening party de BLABLABLA, sorti quelques jours plus tôt,  son auteur, Blasé, a décidément imaginé les choses en grand. Ce dernier rôde autour du véhicule qui propulse sa musique, félicité par tous ceux qu’il croise. Il est reconnaissable à son crâne rasé, son visage imberbe et son air débonnaire. En fond, sa musique joue en boucle. Parmi les 12 nouveaux titres venus s’ajouter au premier disque sorti en mars dernier, le public semble avoir déjà flashé pour « Je ne t’aime plus », une reprise du morceau de Manu Chao, un des artistes Madeleine de Proust de Blasé « J’ai des souvenirs marquants de mes parents qui écoutaient ses albums dans la voiture. C’est l’un de mes premiers souvenirs de musique». Ce n’est pourtant pas la première fois que le trentenaire s’attaque aux intemporels de la musique française. Déjà sur le morceau « 6 », présent dans l’album Bijoux du rappeur Jwles, présent dans le public et avec qui il forme un duo inséparable, Blasé avait reproduit les basses d’« Around the World » des Daft Punk. Personne n’est donc plus vraiment surpris de voir le producteur s’attaquait à ces « diamants de la musique » comme il dit. Ils l’ont été davantage lorsqu’ils lui ont découvert en 2023 avec Pourquoi Blasé, son premier EP, une nouvelle casquette : celle de chanteur « Il y avait un peu de trac, je dois l’avouer. On se demande forcément comment les gens vont réagir à notre voix. C’est quelque chose de beaucoup plus intime. Heureusement, l’excitation a rapidement pris le pas ».

De New York à Londres

Pourtant, si vous aviez suivi assidûment la carrière du producteur franco-américain, vous auriez déjà pu l’entendre lorsqu’il formait le duo Haute avec la chanteuse Anna Majidson. Blasé, qui faisait ses études à ce moment-là à Montréal, l’avait rencontré sur Facebook grâce à un post qu’il avait jeté comme une bouteille à la mer « Je cherchais à collaborer avec des gens de la ville. Anna m’a répondu et on a commencé à faire de la musique ensemble ». Ce qu’ils ne savent pas encore, c’est qu’en réalité ils vivent dans la même rue, à quelques immeubles l’un de l’autre. Ils ne se rencontrent en vrai que des mois plus tard, à l’occasion de vacances passées en France « Notre premier morceau a été fait bien avant notre première rencontre », s’esclaffe-t-il. Voilà comment est composé le duo : Anna est au chant et Blasé à la composition, évidemment « Je n’aurais jamais osé m’enregistrer et chanter à l’époque » précise t’il. Puis un beau jour, il s’y tente. La prise de risque donne naissance à « Shut Me Down », le plus gros titre jamais sorti par Haute. Sur Youtube, la version Colors du morceau cumule actuellement 30 millions de vues. Il est également leur chant du cygne puisque le groupe se sépare quelques semaines après ce succès. Mais pas de panique, Anna Majidson est venue prêter main-forte, et surtout sa voix, sur « Faces » de BLABLABLA, un morceau atmosphérique et bien groovy dont seul Blasé a le secret « J’aime bien bosser avec une bonne basse et avec Purity, un VST que j’utilise pour faire des mélodies douces. Elles sonnent à la fois très modernes et en même temps très nostalgiques ». Voilà un bon résumé de sa musique.

Après Haute, Blasé s’est ensuite construit une belle notoriété dans le rap underground francophone avec des artistes comme Jwles ou Rowjay. Et surtout un son unique et un tag iconique : « Damn Blasé, cook that shit up » concocté par Doobie Rockstar, un rappeur et ami à lui d’Atlanta présent sur la première mixtape du producteur Spin The Globe. Il navigue alors entre la trap et la plug, des sous-genres du rap très en vogue outre-Atlantique et en France depuis quelques années. Pas si étonnant pour celui qui a baigné dans la culture américaine « J’ai grandi à New York donc avec des musiques de là-bas. J’ai l’impression que les Américains sont en avance. C’est eux qui initient les nouvelles tendances. Moi, j’essaye de juste de les importer en France». Sur BLABLABLA, toutefois, les influences se trouvent davantage brouillée entre pop, house, hip hop et surtout  rock, en particulier celui des groupes anglais comme The Cure ou The Stranglers qu’il cite comme ses principales références. Le morceau « Different Minds », pur produit de new wave britannique avec lequel le producteur avait lancé la promotion de son album, est bien la preuve qu’il connait parfaitement son sujet « Les groupes anglais sont une énorme inspiration pour moi. Ça me fait reconnecter avec une partie de mon enfance et de mon identité que je n’avais pas vraiment exploitée. Ça me ramène à l’époque du lycée quand on improvisait des petits concerts avec des potes » remet Blasé qui retrouvera la scène très prochainement. Il a déjà annoncé une date au Trabendo le 14 février prochain. Le rendez-vous est donné.

Pour écouter BLABLABLA.