Jusqu’au 19 janvier 2026, la Bourse de Commerce – Pinault Collection accueille Minimal, une exposition magistrale consacrée à l’art de l’essentiel. Un titre qui tient promesse : dès l’entrée, un tapis de bonbons blancs de Felix Gonzalez-Torres invite le visiteur à se servir — un geste simple, presque rituel, qui ouvre sur un parcours où chaque œuvre semble respirer lentement.








Sous la lumière douce du dôme, les néons de Dan Flavin dessinent des halos colorés, les formes organiques de Meg Webster répondent à l’architecture circulaire de Tadao Andō, tandis que les toiles d’Agnes Martin diffusent leur calme hypnotique. Le minimalisme, souvent perçu comme froid ou conceptuel, se révèle ici d’une étrange chaleur : une expérience de présence pure, où l’espace devient une matière à part entière.
Né aux États-Unis dans les années 1960, le mouvement minimaliste s’est construit en opposition aux excès de l’époque : l’abstraction lyrique, le pop art, le spectacle des images. Les artistes comme Donald Judd, Robert Morris ou Carl Andre ont choisi de tout réduire : formes, couleurs, émotions apparentes. Ce qui reste ? La structure, la lumière, le vide. Et surtout, notre regard.
Minimal rassemble plus d’une centaine d’œuvres issues de la collection Pinault et de prêts internationaux, retraçant cette aventure radicale depuis ses origines jusqu’à ses prolongements contemporains. On y découvre aussi des artistes comme Roni Horn ou Monika Sosnowska, qui renouvellent aujourd’hui ce langage du peu pour dire autrement notre monde saturé.
Une rencontre entre architecture et art
Difficile d’imaginer lieu plus juste que la Bourse de Commerce pour accueillir cette exposition. Ancienne halle au blé du XVIIIᵉ siècle, transformée en bourse de commerce puis reconvertie en centre d’art, elle a été repensée en 2021 par l’architecte japonais Tadao Andō. Son geste architectural — un cylindre de béton brut inscrit dans la rotonde — incarne déjà une forme de minimalisme : la rencontre entre la rigueur et la poésie.
Dans ce cadre, chaque œuvre trouve un écho naturel. Le béton d’Andō dialogue avec les surfaces polies de Judd ; la lumière qui glisse le long des parois prolonge les compositions de Flavin. Le visiteur devient alors partie intégrante de l’exposition, acteur du jeu subtil entre plein et vide.
Ce que propose Minimal, c’est avant tout une expérience du regard. Ici, pas de narration ni de grands effets visuels. Juste des formes, des lignes, des espaces — et la possibilité d’y projeter sa propre émotion. On ressort avec le sentiment d’avoir vu moins, mais ressenti davantage.
Pour une génération habituée à la surabondance d’images, cette exposition offre une respiration salutaire : un retour au silence, à la clarté, à la lenteur. Sous la coupole, on apprend à regarder autrement — et peut-être à vivre autrement aussi.


