Marco da Silva Ferreira : entre le folklore et le clubbing

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Physiothérapeute, nageur professionnel : Marco da Silva Ferreira aurait pu vivre mille et une vies, il a choisi la danse. Dans les pièces du Portugais, traditions, folklore, danses institutionnelles et clubbing dialoguent joyeusement. Portrait du chorégraphe à l’occasion de sa nouvelle création, F*cking Future présentée à la Biennale de la Danse de Lyon.

Comment un corps peut devenir objet de militarisation ou de militantisme ? Cette question est au cœur de F*cking Future, la nouvelle pièce chorégraphique de Marco da Silva Ferreira, présentée lors de la Biennale de la Danse de Lyon. Au centre d’un ancien technicentre de la SNCF, fait de béton et d’armatures de fer, un miroir de plusieurs mètres carrés trône. Huit danseurs s’y rencontrent, animés par des gestes oscillants entre la tendresse et la violence. Une chorégraphie au cordeau, des visages impassibles, un plateau balayé de lasers verts et de fumée, au milieu de ce bâtiment brut et froid : F*cking Future a tout d’une société dystopique. Une société marquée par la militarisation, où les individualités sont réprimées, tout comme les vulnérabilités, une société où seulement la force du groupe domine. Une société bien éloignée de celles que le chorégraphe célèbre habituellement dans ses pièces. 

Dans l’univers de la danse contemporaine, beaucoup de carrière commencent par des évidences. « La danse a toujours fait partie de ma vie » entend-on régulièrement. Un talent qui se dévoile dès l’enfance, parce que rien d’autre ne fait sens. Marco da Silva Ferreira n’est pas de ceux-là. Originaire de Santa Maria da Feira au nord du Portugal, après des études de physiothérapie, il rêve d’une carrière professionnelle dans la natation. Pourtant, un burn-out, alors qu’il n’a que 16 ans, le force à changer ses plans. Le jeune da Silva Ferreira se tourne alors vers la danse, en autodidacte, celle « de rue » d’abord – hip-hop, break – avant de découvrir des danses plus institutionnelles – jazz, ballet, danse contemporaine. Il devient par la suite interprète pour de grands noms tels que Hofesch Shechter ou Victor Hugo Pontes, dont il conserve le goût des tableaux visuels impactant et des pièces marquées par une forte narration. 

© José Caldeira

Les pièces de Marco da Silva Ferreira sont empreintes de ces zones de tensions, de rencontre entre des univers que tout semble opposer. Comme la house et les partitions de Schubert dans Fantasie Minor (2022) ou les danses de salon et le milieu de la boîte de nuit dans Salão Pavão (2023). Le folklore portugais tient également une place de choix dans les inspirations du chorégraphe. Ses spectacles le célèbrent, questionnent son histoire comme dans CARCAÇA (2022) – une plongée dans la dictature Salazar et son instrumentalisation de la culture nationale – et ses possibilités communautaires, notamment dans A Folia (2024). 

Si le répertoire de Marco da Silva Ferreira semble être un hommage constant à la danse même, la rencontre de la tradition et des disciplines urbaines, sur scène, le chorégraphe célèbre bien les danseurs dans leur individualité. Dans ses pièces, la personnalité des interprètes est mise au service de la chorégraphie. Le corps est un outil d’expression libérateur, il permet de créer des liens entre les individus. Ce sont ces instants de partages, de joie et d’authenticité qui rendent le travail de Marco da Silva Ferreira si important. D’autant plus dans un système qui prône l’uniformité, qui broie les excentricités, les hors du cadre, ceux qu’il ne peut pas contrôler. En somme, un système qu’il dénonce amèrement dans F*cking Future, un système qui ressemble dangereusement au nôtre.