La première rétrospective consacrée à l’œuvre de cette figure majeure du photojournalisme est présentée depuis le mois de juin et jusqu’au 28 septembre à la MEP. Entre travail journalistique et clichés personnels, l’exposition nous raconte l’histoire d’un regard particulier, aussi sensible aux destins de ses sujets que critique envers les situations souvent catastrophiques dans lesquelles iels évoluent.
Le Vietnam en guerre contre les Américains, le Tchad contre ses colonisateurs français, les Chiliens contre la dictature de Pinochet, les Sud-africains noirs contre les Sud-africains blancs ; l’histoire de l’œuvre de Marie-Laure de Decker s’inscrit entre les balles et à l’ombre des révolutions. Entre la fin des années 1960 et le début des années 2000, la photographe française a sillonné le monde pour l’agence de presse Gamma, en témoignant des événements qui ont agité la seconde moitié du XXème siècle. Mais ce qui vaut aujourd’hui à son œuvre une reconnaissance internationale et trois cents mètres carrés d’exposition dans la plus grande institution de photographie de France, c’est la manière dont elle a su transformer ces situations horrifiantes en clichés de résilience. Peut-être avait-elle le secret pour mettre ses sujets à l’aise, pour qu’ils oublient le temps d’une prise qu’ils étaient sous la menace d’un bombardement et qu’autour d’eux, on mourrait ; sans doute que son sourire, timide mais convaincant sur plusieurs de ses autoportraits, avait quelque chose de contagieux. Parce que sur les clichés, classés par zones géographiques dans les salles de la MEP, entre les kalashnikovs et les policiers en armure, on voit des gens qui sourient, des gens qui sont heureux de protester, fiers de se battre.

En témoigne la série de portraits de combattants du Front de Libération National réalisée dans des planques du désert tchadien à la fin des années 1970, qui cristallise cette vision humaniste de la société. Sept jeunes hommes armés aux attitudes de défi, sept regards déterminés dans la lutte face à la barbarie et à l’oppression. Avec un peu d’imagination, on peut facilement voir une huitième silhouette se dessiner fière à leurs côtés, celle d’une jeune femme blonde aux yeux bleus qui brandirait, en lieu et place des fusils, un Leica plein de sable et d’éraflures.


