Pianiste virtuose en chaussons, artiste caméléon, rappeur et compositeur de chansons… Qui est Chilly Gonzales, cet ovni arrivé dans l’industrie musicale il y a peu ou prou vingt-cinq ans ?
Assez peu – disons pas assez – connu du grand public, celui que l’on appelle aussi « Gonzo » a pourtant une carrière marquée d’instants de grâce et de coups de projecteur. Le dernier en date : un feat avec Théodora pour une version acoustique du titre envoûtant « Ils me rient tous au nez ». Si on remonte le fil de ses feats mémorables, Chilly Gonzales a notamment participé à l’album Random Access Memories des Daft Punk, pour lequel ils remportent ensemble le Grammy Awards du meilleur album en 2014. Puis il travaille sur des prods et des arrangements avec une kyrielle d’artistes issus du rap, de la variété et de la pop. D’abord Drake, Feist et Philippe Katerine, puis Boys Noize, Abd al Malik, Arielle Dombasle, Teki Latex ou encore Bonnie Banane… Une liste non exhaustive qui révèle la grande liberté de Gonzales et son intérêt pour des artistes aux styles très variés, pourvu qu’il y ait une passion commune. Le pianiste signe par ailleurs la musique des Rencontres du Papotin, magazine atypique aux « rencontres et questions inattendues ».
Une bête de scène
« Je ne suis pas un faiseur de tube, je préfère m’amuser sur scène » confie Chilly Gonzales dans une interview en 2017. Showman sans limite, aucune performance scénique de l’artiste ne se ressemble. Gonzo est grand, les cheveux plaqués en arrière, il porte une moustache, un peignoir et des charentaises aux pieds. Mi-classe mi-clown. Sur scène il crie, il joue, il rebondit. En 2010, il se qualifie lui-même de « pianiste avec une grande gueule » dans l’émission On n’est pas couché. Au-delà de la scène, Gonzales participe à des masterclasses avec des pianistes dont l’improvisateur Jean-François Zygel. En 2009, Chilly Gonzales bat le record du monde du plus long concert avec un peu plus de 27 heures de piano non-stop en public. Il s’amuse à parler de cette performance comme d’un « marketing poétique », qui souligne sa recherche d’obstacles à dépasser et de constantes prises de risque. Avoir choisi comme nom d’artiste Chilly Gonzales participe à l’aura du personnage survolté. On apprend dans le film documentaire Shut Up and Play the Piano de Philipp Jedicke – sur la vie de Jason Beck devenu Chilly Gonzales – que c’est le DJ Raz Ohara qui souffle au pianiste ce surnom, en référence au personnage de fiction Speedy Gonzales aka la souris la plus rapide du Mexique.
Du classique-jazz au rap
Jason Beck alias Chilly Gonzales a commencé à apprendre le piano avec son grand-père à l’âge de trois ans à Montréal, ville où il est né, sa famille ayant fui la Hongrie pour le Canada après l’insurrection de Budapest en 1956. Gonzales se forme au classique et au jazz au sein de la très réputée Université McGill. Pianiste surdoué, il va très vite puiser son inspiration dans le punk, puis dans le hip-hop et les musiques électroniques. Séduit par l’ambition qui fait partie de la philosophie du rap, il ne veut pas se contenter d’un seul public, que serait celui du jazz ou de la musique classique. « Prendre ce que j’aime dans la musique classique et l’amener dans le présent » telle est son aspiration en tant qu’artiste, évoquée à l’occasion de son passage au Montreux Jazz Festival, et de poursuivre « pour un être un homme de mon temps malgré ce vieil outil » qu’est le piano. Parmi ses dix-sept albums, Gonzo a produit trois volumes de « Solo Piano » et un disque de rap en français, en 2023, intitulé French Kiss, comme une déclaration à la langue du pays où il a vécu pendant de nombreuses années.
À 53 ans, Chilly Gonzales continue à chercher et créer, obsédé par le rap. Il participe à l‘Hyper Weekend Festival en 2025 avec la création Rap de Chambre qu’il présente à la Maison de la Radio. Il s’entoure notamment des rappeuses Neissy et Le Juiice ainsi que la Boss Lady. Ce « génie musical » auto-proclamé n’a décidément pas fini de nous surprendre.


