Les enfants vont bien, de Nathan Ambrosioni

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Après Toni en famille (2023), le jeune réalisateur Nathan Ambrosioni signe, avec Les enfants vont bien, son second long métrage, sorti en salle le 3 décembre dernier.  

Dans ce nouveau film, Nathan Ambrosioni, âgé de 26 ans, prouve une nouvelle fois, qu’il sait peindre des individus dans leur singularité la plus intime, toujours inscrits dans un cadre familial. Ici, Suzanne, interprétée par Juliette Armanet, abandonne une nuit d’été ses deux enfants, Gaspard et Margot, chez sa sœur Jeanne, incarnée par Camille Cottin, qui endosse une nouvelle fois le rôle de mère…cette fois ci par défaut. 

Divorcée deux ans plus tôt de sa femme précisément parce qu’elle ne désirait pas d’enfants, Jeanne se retrouve soudain responsable des deux enfants de sa sœur. Mais comment réagir lorsque Suzanne disparaît, laissant derrière elle une dernière parole, une ultime chanson partagée : « Je voudrais partir au hasard, partir au loin et dès le jour venu, mais la nuit, oh la nuit n’en finit plus » (Petula Clark) sans ne plus jamais donner de nouvelles ?  Malgré l’absence de cette mère, peu présente à l’écran, le réalisateur parvient à laisser une empreinte durable par la force de son absence. Son portrait est dressé par ce qu’elle a laissé derrière elle. Une femme seule, triste, sans emploi, élevant ses deux enfants dans une grande précarité, qui en définitive, n’avait plus que ses enfants. Elle laisse dans la caméra du réalisateur, une mélancolie omniprésente tout au long du film.

L’abandon d’une mère, la loyauté d’une sœur 

Comment réagir face à une telle disparition et une telle responsabilité ? Déposer un avis de recherche ? Mais à quoi bon, lorsqu’on cherche une femme qui, aux yeux des autres, n’existait déjà plus ? Faire placer les enfants, au risque de les séparer ? Demander l’autorité parentale ? Et surtout, comment se projeter dans l’incertitude permanente d’un possible retour de la mère ? 

C’est lors de cet été, à l’allure mélancolique, que le réalisateur s’impose comme observateur de ces individus fragiles qui tentent, tant bien que mal de faire famille. Comme dans Toni en famille, Ambrosioni s’intéresse à des personnages en marge, principalement féminins, confrontés à une situation qui les dépasse. Ici, la disparition de la mère est soudaine, mais la pudeur du récit ne cherche jamais à expliquer ce geste, ni à le juger. Le temps est étiré dans les silences et ce quotidien nouveau.  

Nathan Ambrosioni aborde avec une telle justesse, cette question du manque et de la transmission. Dans Les enfants vont bien, il peint une famille recomposée par la nécessité, et confirme sa sensibilité face aux êtres.