Cléopâtre, reine d’Égypte et figure mythique, a été façonnée par le regard des hommes à travers les siècles. L’exposition « Le mystère Cléopâtre » à l’Institut du monde arabe explore ces fantasmes, entre héroïsme, légendes et hypersexualisation.
Disparue il y a plus de 2 000 ans, Cléopâtre (69 av. J.-C. – 30 av. J.-C.) a inspiré artistes, historiens et écrivains, mais rarement pour ce qu’elle était réellement : une stratège et cheffe d’État capable de tenir tête à Rome tout en dirigeant un royaume prospère. Son corps n’a jamais été retrouvé, et c’est précisément ce mystère qui rend possibles tous les fantasmes autour d’elle. L’IMA nous invite à démêler le vrai du faux, à travers près de 200 œuvres, mêlant peintures, sculptures, manuscrits, costumes, bijoux, photographies…
Cléopâtre était-elle vraiment blanche ? Avait-elle un grand nez ? Impossible à satisfaire ? Elle a été peinte et reconstituée à l’infini, reflétant plus les fantasmes de ceux qui l’observaient que sa réalité. La « nasothèque », composée de 50 nez sculptés à partir de portraits de la reine, présentée dans l’exposition, illustre cette obsession. Se référant à la citation de Blaise Pascal ; « Si le nez de Cléopâtre eût été plus court, toute la face du monde aurait changé », ce n’est pas sa physionomie qui est importante, mais le regard que les hommes ont porté sur elle qui a façonné son image au fil du temps.
Hypersexualisation et appropriation
Depuis l’Antiquité, Cléopâtre a été sexualisée et dénigrée : les Romains l’ont caricaturée en femme fatale, manipulatrice. La Renaissance l’a assimilée à une Ève pècheresse, tentatrice, et l’orientalisme colonial l’a montrée dépoitraillée sous le regard voyeuriste de l’homme occidental. Le XIXe siècle a accentué la dimension cruelle et maléfique de son personnage, notamment sous la plume de Théophile Gautier ou d’Alexandre Pouchkine.

Elle devient aussi un symbole de résistance et de fierté dans les années 1840 pour les Afro-Américaines, notamment à partir du milieu du XIXᵉ siècle et après la guerre de Sécession. Une souveraine qui choisit la mort à la soumission, la liberté à l’esclavage. Cléopâtre se suicide en 30 av. J.-C., mettant fin à la dynastie des Ptolémées. « Cléopâtre est une source de fierté, une icône pour les Africaines-Américaines (…) », peut-on lire sur les cartels. Chaque époque a redessiné Cléopâtre selon ses propres fantasmes et idéaux.

Une femme égale à elle-même
Le destin tragique de Cléopâtre tient au fait que son histoire n’a jamais vraiment été la sienne. Elle était une « figure sans gardien ». Les Grecs disent qu’elle était égyptienne, les Égyptiens qu’elle était grecque, et les Romains ont voulu l’effacer. Tous l’ont transformée selon leurs intérêts. Pourtant, pendant 22 ans, elle a dirigé le royaume d’Égypte – grenier à blé de la Méditerranée – tout en étant mère de quatre enfants. Mais cette dimension de bâtisseuse et de stratège politique a été systématiquement occultée par la légende noire des historiens romains, qui l’ont appelée « le monstre fatal » et « la reine putain ». L’exposition met enfin en lumière cette Cléopâtre-là, loin du corps, de l’érotisme ou de l’idéalisme occidental.
« Le mystère de Cléopâtre », jusqu’au 11 janvier 2026, à l’Institut du monde arabe,1 Rue des Fossés Saint-Bernard, 75005 Paris. Du mardi au vendredi de 10h à 18h, week-ends et jours fériés de 10h à 19h. Plein tarif : 15 €, tarif réduit : 13 €.


