« L’Amourante », le destin d’une femme haute en couleurs

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Pierre Alexandrine signe avec L’Amourante un roman graphique intense, où les couleurs racontent autant que les mots la condition d’une femme éternelle.

Et si une femme pouvait vivre mille vie, est-ce que ca vaudrait vraiment la peine ?  Louise est une Amourante, pour vivre et rester jeune elle doit être aimée. Une seule règle est de mise : il est interdit d’être amoureuse sous peine de vieillir et très vite.

Dans L’Amourante, Pierre Alexandrine choisit habilement les teintes, elles racontent autant que les mots la condition des femmes : la honte, la survie, la beauté comme fardeau. Le violet est la couleur de la honte, la honte d’avoir un tel pouvoir, la honte d’avoir fait de tel acte, la honte d’être rejeté. Le rouge enlace des émotions intense, la colère, la peur, la tristesse. Le noir est le symbole de la résignation. Le orange surgit dans les moments de vérité, quand Louise ose se confronter à ce qu’elle est devenue. Et, dans les dernières pages, un bleu profond annonce un apaisement. 

Vaut-il mieux être vivante ou amoureuse ?

Naître un peu après la guerre de cent ans, connaître la faim et le froid, le vrai, être marié à 17 ans, voir son mari mourir, fuir un village plein de préjugé pour se retrouver dans un bordel, être violé, ne jamais vieillir et être pendue pour sorcellerie, continuer à se cacher. Un bien triste aperçu de ce que c’est être une femme à travers les siècles.  Son immortalité, loin d’être un don, devient la cicatrice d’un monde qui fait de la femme un objet de désir éternel.

« Trois siècles que vous tombez tous dans le même panneau ! … La beauté ?! C’est la plus grande arnaque de toute la création ! »

À travers Louise, c’est toute l’histoire des femmes qu’Alexandrine repeint : leurs silences, leurs colères, leurs désirs inassouvis.  «  Tu me traques, tu me harcèles, tu me kidnappes et il faudrait en plus que je supporte tes pleurnicheries ?! Dans quelle langue il faut que je te le dise ?!  J’en veux pas de ton amour ! Ton amour il m’emmerde ! »  – Louise