« La Petite Dernière » d’Hafsia Herzy : la difficulté de devenir soi-même

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Hafsia Herzi adapte La Petite Dernière (2020), premier roman autofictionnel de Fatima Daas, sur le grand écran, en salle le 22 octobre 2025. 

Comme le dit Gloria Steinem : « La vérité vous libérera mais d’abord, elle vous mettra en rage », c’est ce qu’incarne Fatima, interprétée par Nadia Melliti. Jeune française d’origine algérienne et de confession musulmane, pieuse mais aussi lesbienne, Fatima garde ce secret, que tout le monde ignore. Elle grandit dans une cité de Montfermeil, chérit Dieu, sa mère et ses deux soeurs, son père aussi. Bonne élève, Fatima quitte son lycée de secteur pour intégrer une licence de philosophie à Paris. À l’âge des premières rencontres amoureuses, il faudra du temps pour que la jeune femme assume une partie d’elle.

C’est cette évolution que nous suivons du début à la fin du film. Cachée derrière sa casquette et son allure nonchalante, Fatima multiplie les rencontres avec des femmes, toutes plus âgées et plus ou moins décomplexées, qui lui permettront d’explorer sa sexualité.  Naviguant dans des lieux emblématiques de la communauté lesbienne tels que la Mutinerie ou encore le Rosa Bonheur, Fatima découvre que beaucoup de femmes sont « comme elle ». Finalement, la jeune femme côtoiera Ji-Na, interprétée par Park Ji-Min, et tombera amoureuse de cette dernière. Simplement, la jeune femme passionnée de foot jouant « tous les postes seule sur un terrain comme une tocarde » ne semble pas avoir grand chose de commun avec Ji-Na, parisienne déjà émancipée. 

Deux identités contraires 

La complexité du récit réside dans le péché, parce que l’homosexualité est prohibée par l’Islam. Comment assumer, comment ne pas pleurer, lorsque celui pour qui nous vouons un culte ne nous accepte pas ? Hafsia Herzi transmet avec talent ce malaise, cette difficulté d’être, se reflétant par les silences du personnage et le peu de dialogues, dans des moments où la parole est attendue. Les larmes ravalées par la rage, c’est surtout ça La Petite Dernière. Comme une référence au roman, où les phrases sont brutes, ponctuées par des points qui s’avèrent être de grands silences. Nous ressentons dans le film d’Hafsia Herzi fidèle à l’écriture de Fatima Daas, une sensibilité, inspirée de figures telles que Marguerite Duras, que cite Fatima Daas dans son roman : « Écrire, c’est aussi ne pas parler. C’est se taire. C’est hurler sans bruit ».

Le silence d’une respiration retrouvée à l’aide de la ventoline, le souffle qui apaise les angoisses. Les silences dans le film, les larmes brutes, sont sans doute criés pour exprimer, mettre en lumière ceux qui grandissent en cherchant à renier une attirance, une partie d’eux, au nom de Dieu, parce que parfois la foi est plus grande que tout. 

 Ce film, ayant remporté la Queer Palm 2025 au festival de Cannes, et pour lequel Nadia Melliti a remporté le prix d’interprétation au Festival de Cannes 2025, est un témoignage rare sur la communauté musulmane lesbienne, un sujet encore trop peu exploré, qu’Hafsia Herzi aborde avec une grande délicatesse.