« Jouer le jeu », le second roman de Fatima Daas

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Après une première autofiction : La petite dernière, Fatima Daas explore pleinement le genre fictionnel pour cette rentrée littéraire avec : Jouer le jeu publié aux éditions de l’Olivier.

Fatima Daas narre l’histoire de Kayden et explore les limites du phénomène de  transfuge de classe, sujet facilement associé à des écrivains tels qu’Edouard Louis ou encore Annie Ernaux

Kayden est une jeune fille scolarisée, dans un lycée de zone d’éducation prioritaire. Parmi les élèves, il y a « les élèves brillants, les dormeurs et les fouteurs de merde ». Kayden dès son entrée en seconde est repérée par sa professeure de français pour ses qualités rédactionnelles.  Elle est « classée parmi les brillants [ … ] ceux qui en valent la peine ». Pour les autres, la professeure « les sortira sans se fatiguer [ … ] parce qu’elle ne travaille pas dans le social ». 

Nous suivons alors une jeune femme en devenir durant ses trois années de lycée, entourée de ses amis, de sa mère, sa sœur et de Garance Fontaine, sa professeure de français qui la pousse à passer les concours d’entrée à Sciences Po, l’école du pouvoir, dont elle est elle-même issue. Kayden, éprise d’une forme d’amour pour sa professeure est prête à jouer le jeu, à passer ces concours. Mais qu’en est-il après ? Lorsque cette professeure, qui lui donne de l’intérêt, répond à ses textos, l’invite à boire un verre et laisse s’installer la confusion des sentiments, sans jamais émettre l’impossibilité d’une histoire d’amour, l’abandonne une fois les concours ratés ?  

Dans ce récit Fatima Daas prouve une nouvelle fois, qu’elle sait écrire la jeunesse et ses désillusions, la banlieue et son urgence. Nous retrouvons grâce à un style simple et brut, ce qu’est un cours d’éducation civique en ZEP, où le clivage entre élève et professeur mène bien souvent à l’incompréhension. Dans ce roman, l’autrice ne raconte pas seulement une histoire de méritocratie, de « discrimination positive ». Elle ne raconte pas seulement le phénomène de transfuge de classe. Elle raconte l’échec de ce phénomène : lorsqu’un individu qui pourrait changer de classe sociale, n’y parvient pas. Ici, cet échec se traduit par le pouvoir malvenu des plus forts sur les plus faibles, l’ascendance des classes aisées sur les classes populaires : « Au bout de quelques mois dans ce lycée, Garance Fontaine s’est sentie importante, elle ne ressentait pas ça à Versailles, c’était nouveau pour elle cette sensation : « sauver ces adolescents de leur sort social » pas tous bien sûr, seulement ceux qui méritent d’être regardés, qui veulent jouer le jeu. Le reste à la poubelle ».  

Ainsi, Fatima Daas avec ce second roman, répond à la question qui lui est bien trop souvent posée en interview : « Quel prof t’as sauvé ? »