L’actrice et circassienne Vimala Pons revient sur les planches avec un nouveau spectacle étourdissant. Après douze dates affichant complet au Théâtre de l’Odéon, Honda Romance est programmé au 104 en décembre dans le cadre du Festival d’Automne, et sera en tournée en France et en Belgique.
« Tous ceux qui cherchent à comprendre périront » peut-on lire sur un post Instagram récent de Vimala Pons, citation désormais culte du film de Miyazaki Le Garçon et le Héron. C’est sûrement l’état d’esprit dans lequel il est bon d’assister à Honda Romance. Quand bien même on chercherait à intellectualiser ce qu’on voit au plateau, on est rattrapé.e.s par ce que l’on ressent. C’est un spectacle pour le moins éprouvant, qui nous fait traverser tout un tas d’émotions, jusqu’à l’apaisement final : un happy end bienvenu après des moments de tension inconfortables (à tel point que quelques personnes partent discrètement dès la fin du premier tableau de ce triptyque).
Le spectacle s’ouvre sur une Vimala Pons écrasée par un satellite Honda grandeur nature, qu’elle va réussir, après d’innombrables efforts (c’est extrêmement lourd), à relever sur son dos puis sur sa tête. Une allégorie de l’existence écrasante ? Vouloir comprendre nous rattrape. La spécialité de Vimala Pons est habituellement d’apposer des objets très volumineux sur sa tête, c’est son agrès à elle, sa spécialité. Dans Grande –, son spectacle en duo avec Tsirihaka Harrivel, elle porte un mannequin en équilibre tout en performant un strip-tease mémorable (par le nombre incroyable de couches de vêtements qu’elle retire). Dans Le Périmètre de Denver, Vimala Pons fait tenir sur sa tête une Fiat Panda (reconstituée à la perfection), de vrais faux rochers et bien d’autres gigantesques objets.
Honda Romance a un ton plus grave, plus tragique. Et le fil narratif semble totalement décousu, alors on se laisse aller aux propositions de Vimala Pons. Elle se lance dans un solo où elle incarne une multitude de personnages et d’émotions, dans un enchaînement très rapide, tout en étant propulsée de part et d’autre du plateau par des canons à air super puissants, telle une vaste tempête émotionnelle. Et puis, pour la première fois, Vimala Pons s’entoure d’interprètes au plateau, neuf chanteuses et chanteurs lyriques. Dans un chœur en mouvement, tous les dix s’aventurent dans des aller-retours infinis, chorégraphiés à la manière d’Olivier Dubois dans Tragédie, sur une musique composée par Rebeka Warrior. Une partition d’une grande beauté, interprétée avec grâce et profondeur.
Venir sans attente est sûrement la meilleure chose à faire pour les fans de Vimala Pons, elle qui bouscule le spectacle vivant en mêlant les genres. Si les thématiques sont enchevêtrées, Honda Romance se fait surtout l’écho d’un trop-plein de notre monde contemporain – d’images, de technologies, de contradictions, d’émotions… Et nous souffle de revenir à l’essence même des sensations.


