Enzo, sorti sur le grand écran en juin 2025, trace l’adolescence d’un apprenti maçon de 16 ans issu d’une famille bourgeoise de la Ciotat, qui semble ne se sentir bien nulle part. Un film signé Laurent Cantet et Robin Campillo.
Le déclassement et la solitude en toile de fond
Rares sont les histoires qui nous parlent de déclassement. Pourtant c’est en racontant la mobilité descendante d’Enzo que Laurent Cantet tirera sa révérence. Décédé brutalement en 2024, Enzo sera son ultime film, repris ensuite par Robin Campillo, réalisateur et ami de ce dernier.
Fusion de deux regards sensibles: d’un côté, le regard presque sociologique de Cantet (Entre les murs) porté sur les structures sociales et leurs violences, de l’autre, celui de Campillo, sensible à l’identité et à l’intimité (120 battements par minutes), Enzo est un film criant de sensibilité, malgré son silence.
Interprété par Eloy Pohu, Enzo est un adolescent de 16 ans, qui semble perdu entre le monde dont il est issu: une famille bourgeoise et aimante, propriétaire d’une villa à la Ciotat, et celui qu’il décide de côtoyer: le monde ouvrier, et les violences sociales et économiques qui le constitue.
Itinéraire du monde que l’on quitte, pour celui qu’on choisit, ce film en dit long sur la solitude et la quête d’identité des jeunes sur qui parfois, la vie coule. Le jeune garçon gentil et doux, n’aime pas l’école au grand désespoir de ses parents inquiets. Il trouve plutôt un semblant d’épanouissement dans ce qu’il peut construire, « dans les murs qui restent, une fois les vies prises par la mort ». Il se tourne alors vers la maçonnerie, où il rencontre Vlad (Maksym Slivinskyi), ouvrier ukrainien. Le jeune homme s’éprend alors d’attachement pour ce trentenaire, qui semble également porté par une certaine mélancolie. Dans son errance, on ne sait pas si Enzo recherche quelqu’un qui lui ressemble, un ami ou un amant pour vaincre sa solitude, ou simplement quelqu’un avec qui il pourrait partager son chagrin. Finalement, ce dernier retournera en Ukraine, là où ses proches tentent d’échapper aux bombes, laissant derrière lui un adolescent en construction.
Photo : © Les Films de Pierre


