Entre ombre et lumière : Dolorès Marat se dévoile dans « La Vague »

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À l’occasion du documentaire La Vague d’Armelle Sèvre (Les Films d’Ici Méditerranée), disponible sur France.tv, retour sur l’univers poétique et singulier de la photographe autodidacte Dolorès Marat.

Discrète, intuitive et profondément libre, Dolorès Marat cultive depuis plusieurs années un regard à part dans la photographie contemporaine. La Vague, le documentaire que lui consacre la réalisatrice et photographe Armelle Sèvre, dresse un portrait intimiste et délicat. À travers son Leica, toujours en main, Marat capture le monde au crépuscule, entre rêve et réalité, dans cet entre-deux où la lumière se fait rare et les formes s’effacent.

« J’ai mis un an pour comprendre que ce qui m’intéressait, c’était ce qui se passait autour de moi, où que je sois : dans la rue, dans le métro, dans le train… Il faut que ça vienne de mes tripes. » La réalisatrice filme cette attention au quotidien avec douceur, rendant palpable la poésie discrète d’une œuvre née du réel et de la patience du regard.

Son parcours est marqué par une découverte décisive : celle du tirage Fresson, en 1983. Ce procédé artisanal de quadrichromie au charbon direct, transmis par un photographe hollandais, deviendra sa signature. Les noirs y sont profonds, les couleurs puissantes et denses. « Un choc esthétique, une histoire d’amour », confie-t-elle dans le film.

Chez Marat, les images semblent surgir d’un souvenir, fragments de rêve, visions suspendues, empreintes de mélancolie et de poésie. Les couleurs, jamais retouchées, confèrent à ses clichés une texture presque cinématographique, entre douceur et mystère.

La femme croco, Dolorès Marat, 2000

Mais derrière cette maîtrise de la lumière se cache une grande pudeur. « Les gens étaient si durs avec moi que je ne voulais plus rien montrer. » Longtemps, Dolorès Marat photographie avant tout pour elle-même. Son œuvre, restée discrète, n’en est que plus sincère, portée par une quête intime plutôt que par le regard des autres.

La Vague raconte aussi une rencontre féminine et artistique : celle de la réalisatrice et la photographe. Ensemble, elles parcourent les rives de la Méditerranée, tissant une émancipation partagée, où la création devient un espace d’écoute, d’échange et de liberté. Entre la mer et la lumière, entre deux regards, se dessine alors le portrait d’une artiste rare : celui de Dolorès Marat.

Pour voir La Vague de Armelle Sèvre : https://www.france.tv/documentaires/7339109-la-vague.html