Cinq raisons d’aimer Gisèle Vienne

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Chorégraphe, plasticienne et metteuse en scène, en 20 ans, l’artiste franco-autrichienne s’est bâti une place de choix dans le milieu des arts vivants européens. Voici cinq raisons d’aimer Gisèle Vienne. 

1. Pour ses talents multiples 

Pluridisciplinaire accomplie, c’est à travers la musique que Gisèle Vienne fait ses premiers pas dans le monde de l’art à l’âge de 6 ans. Depuis, elle a ajouté de nombreuses cordes à son arc : chorégraphe, metteuse en scène, marionnettiste, photographe, réalisatrice, plasticienne ou encore philosophe. Pour la seule année 2021, elle contribue au projet littéraire d’Elsa Dorlin, Feu ! Abécédaire des féminismes présents avec le puissant essai « Poupées », réalise le long-métrage Jerk et met en scène sa pièce L’Étang

2. Pour ses pièces engagées

Gisèle Vienne ne s’est jamais cachée de son engagement politique, que ce soit dans ses pièces, les projets qu’elle défend ou les références qu’elle cite : de Monique Wittig à Judith Butler ou bell hooks. Le viol ou l’inceste avec Extra Life (2023), un drame familial et un amour filial destructeur avec L’Étang (2021) ou les dérives d’une soirée dans Crowd (2017) : la metteuse en scène n’a pas peur de regarder la société, droit dans les yeux, et de se confronter à ses facettes les plus sombres. Elle redonne une place de sujet à ces corps marqués par le tabou, ces corps rendus invisibles car ils disent trop de maux qu’on refuse de voir. Quitte à ce qu’on reproche à ses pièces d’être « violentes », au grand dam de la metteuse en scène. Car « lorsque l’on entend ces personnes que l’ordre en place se déchaîne à faire taire ou à ne pas entendre, le combat a lieu et la société change ». (Extrait de « Poupées », Gisèle Vienne dans Feu ! Abécédaire des féminismes présents, Elsa Dorlin, Libertalia, 2021)

3. Pour ses spectacles captivants

Une chose est sûre, l’espace temporel instauré dans Crowd fonctionne selon ses propres règles. Pendant 90 minutes, le public est submergé par une chorégraphie qui frôle l’immobilité, une musique techno et des lumières stroboscopiques. Entre l’ouverture du rideau marquant le début de la pièce et les applaudissements finaux, impossible de dire si le temps file x2 ou bien s’il s’est complètement arrêté. C’est ainsi que Gisèle Vienne contrôle nos sens et nos émotions. Dans ses spectacles, lumières, sons et performances mènent nos nerfs à rude épreuve. 

4. Parce qu’elle défend une culture démocratisée loin des codes élitistes

Au lycée, Gisèle Vienne déménage à Berlin et découvre la scène techno de l’époque. Nous sommes en 1993, l’entrée aux clubs coûte à peine 3 euros, l’élan de consumérisme n’a pas encore atteint l’underground berlinois, la vie est belle. La chorégraphe en devenir découvre la danse, l’effervescence de cette scène, de cette musique et ses possibilités. Les années passent, Vienne s’impose parmi les chorégraphes les plus en vogue de sa génération, et si la musique techno est célébrée dans ses pièces, c’est moins vrai dans les autres strates de la société. « Il y a un dénigrement de la fête dans nos sociétés, une dépréciation de la contre-culture, et il faut penser et critiquer les hiérarchies culturelles en ce qu’elles servent un ordre en place. » confie-t-elle au magazine Trax à l’été 2022. À travers ses spectacles, Gisèle Vienne s’attèle à briser les hiérarchies culturelles, les jugements de valeur élitistes. Et la route est encore longue. 

5. Parce qu’on aime Adèle Haenel 

Lorsque Adèle Haenel se lève et se casse du milieu du cinéma en 2020, c’est vers le théâtre qu’elle va se tourner. Elle joue alors dans les pièces de Gisèle Vienne, comme interprète. En 2022, le duo met en scène à la Maison de la Poésie un texte de Monique Wittig, Le Voyage sans Fin. Deux icônes du féminisme, engagées et militantes dont la collaboration artistique promet encore de nombreuses surprises. Une chose est sûre : le monde des arts vivants et la société en général se porteraient bien mieux s’ils comptaient davantage de duos de la sorte.