Les 5 livres d’Annie Ernaux à lire absolument

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Prix Nobel de littérature en 2022, écrivaine en combat permanent avec son temps, Annie Ernaux s’est imposée au travers de sa vision du monde, qu’on vous propose de retracer en cinq ouvrages clés.

Passion simple (1994)

Dans ce court texte, Annie Ernaux s’inspire d’une Passion simple qu’elle a eue avec une homme plus jeune. Pas si simple, en réalité : les mots retranscrivent l’intensité de cette relation, dans laquelle Annie Ernaux est sans cesse dans l’attente, une attente douloureuse et délirante. Aux retrouvailles, c’est l’extase des corps, les flammes dans les entrailles. Mais la tourmente revient à grande vitesse. Puis une question survient : ne serait-ce pas plutôt à l’écriture que le titre fait référence ? L’auteure elle-même convoque la comparaison : « Souvent, j’avais l’impression de vivre cette passion comme j’aurais écrit un livre : la même nécessité de réussir chaque scène, le même souci de tous les détails. » Au final, écrire est tout ce qui lui reste, même quand la passion amoureuse s’éteint.

Annie Ernaux, Passion simple, 1994, Folio.

L’événement (2000)

« J’ai vu ce que je ne m’attendais pas à voir, c’est-à-dire la vie et la mort en même temps ; donc ça il fallait que je le dise il fallait que je l’écrive. »1

L’événement est un récit autobiographique publié en 2000. Annie Ernaux narre l’histoire de l’avortement clandestin qu’elle a vécu en 1963, avant la Loi Veil (1974), dépénalisant l’interruption volontaire de grossesse 12 ans plus tard. Contrainte de recourir à une faiseuse d’anges et d’avorter dans des conditions épouvantables, l’auteure livre un texte brut, dur, proche du témoignage social.  Avec ce texte, Annie Ernaux ne raconte pas seulement le récit d’une expérience personnelle, elle s’inscrit dans l’ensemble des luttes féminines et des récits féminins sur l’avortement. Un texte qui résonne fort avec le discours de Simone Veil, tenu en 1974, 12 ans après l’avortement clandestin d’Annie Ernaux : « Je voudrais d’abord vous faire partager une conviction de femme (je m’excuse de le faire devant cette Assemblée presque exclusivement composée d’hommes) : aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement. Il suffit d’écouter les femmes. C’est toujours un drame… C’est toujours un drame, cela restera toujours un drame. (…) ».

1Annie Ernaux, dans un entretien sur l’avortement pour France Culture, 2000

Annie Ernaux, L’événement, 2000, Folio

Les Années (2008)

Récit autobiographique, écrit du moi à la troisième personne, autobiographie sociologique… que de qualificatifs employés à propos de l’une des œuvres majeures de Annie ErnauxLes Années – qui pour autant ne suffisent pas à en faire transparaître les enjeux. Publié en 2008 et récompensé du prix Nobel de littérature en 2022, ce livre retrace la vie d’une autrice qui se refuse l’emploi du “je”. Racontant les petites histoires que cachent des photographies qu’elle a prises au long de sa vie, ce sont tant d’anecdotes personnelles qui, couchées sur le papier, explicitent les pensées ayant traversé l’esprit des jeunes filles de 1940. Ainsi, il a séduit une génération entière par sa description d’une femme à la fois peu standardisée qui pourtant semble universelle.

Annie Ernaux, Les Années, 2008, Folio

Regarde les lumières mon amour (2014)

Le bio pour les riches ? Dans ce petit essai de 80 pages, de la collection Raconter la vie, Annie Ernaux tient un journal d’observations, qu’elle a tenu entre novembre 2012 et octobre 2013 où elle raconte ses passages à l’hypermarché Auchan de Cergy, dans le centre commercial des Trois-Fontaines. L’écrivaine interroge sur les effets de la société de consommation et sur les hiérarchies de classes sociales qui se reflètent à travers le magasin. On retrouve dans la plupart de ses livres l’apparition des grandes surfaces, thème qu’elle aborde aussi dans Journal du dehors (1993). Une pièce de théâtre éponyme a vu le jour, deux ans après la sortie du livre par la Compagnie la Réciproque.

Annie Ernaux, Regarde les lumières mon amour, 2014, Folio.

Le Jeune Homme (2022)

« Si je ne les écris pas, les choses ne sont pas allées jusqu’à leur terme, elles ont été seulement vécues »1

48 pages, c’est court, mais pas autant que les 30 ans d’écart entre Annie Ernaux, âgée de 54 ans, et son nouvel amant. Une histoire avec un jeune étudiant qui la harcèle pendant un an avant de se rencontrer, enfin. L’écrivaine se prend au jeu, et décide de mettre à l’écrit ce qu’elle éprouve, comme une aventure qui vaut le coup. On admire alors toute la palette stylistique d’Ernaux : malléable lorsqu’elle évoque le Rouen des années 90 et son Rouen étudiant des années 60. Plus dur, lorsqu’elle évoque les complications de son avortement clandestin, et entrevoit lors d’un rapport charnel, les murs de l’ancien Hôtel Part-Dieu. Au final, plus dense qu’il en a l’air, le dernier livre d’Annie Ernaux est aussi le plus complet et le plus proustien de toute son oeuvre.

1 Annie Ernaux en ouverture de son livre Le jeune homme

Annie Ernaux, Le Jeune Homme, 2022, Gallimard.