Pauline Caupenne : de Paris à Chennai, le grand écart sur scène

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À l’occasion de son seule-en-scène Bollywood Boulevard, au Théâtre La Flèche à Paris, la comédienne, scénariste et réalisatrice Pauline Caupenne, partage son art et sa volonté de tout faire pour rester entière.

Quitter son pays pour un autre dont on ignore tout, jusqu’à la langue ? C’est le défi que s’est lancé Pauline Caupenne. À vingt ans, elle laisse derrière elle Paris, la fac de droit, sa famille. Sans plan de carrière, elle s’envole pour l’Inde, où le hasard la mène sur un plateau de tournage à Chennai, dans le Tamil. Elle devient actrice, doublée dans une langue qu’elle ne comprend pas, le télougou. Derrière cette aventure se cache une véritable quête identitaire, celle d’une jeune femme étrangère à elle-même, en recherche de sens. 

C’est cette expérience qu’elle revisite vingt ans plus tard dans Bollywood Boulevard, son premier seule-en-scène, présenté au Théâtre La Flèche. Une auto-fiction sur l’exil identitaire nourri d’images, tournées en pellicule à Chennai, de voix, de souvenirs, de visages. « J’avais envie de montrer un message aussi de moi, l’étrangère d’ailleurs, et de rendre hommage à mes origines de petite-fille d’immigrée » avoue-t-elle dans les loges, après son show, la voix encore haletante. Sur scène, Pauline incarne une multitude de personnages : un petit garçon, une jeune adulte et d’autres figures caricaturales. « J’ai commencé le théâtre pour faire ça, un jour, seule sur scène et vingt personnages qui sont moi-même. »

Artiste multi-casquettes

De retour en France, elle reprend le chemin du théâtre, passe par l’école des Enfants Terribles puis le Conservatoire du Xe arrondissement. Elle joue dans Le Dernier Jour du Jeûne (2021) et L’Envol des Cigognes (2021) de Simon Abkarian, puis dans Adieu Monsieur Haffmann (2018) de Jean-Philippe Daguerre. Au cinéma, elle tourne aux côtés de Grégoire Leprince-Ringuet, acteur et réalisateur, dans La Forêt de Quinconces (2014), et avec Robert Guédiguian dans Gloria Mundi (2019) et Et la fête continue (2023). En 2017, elle crée les Visites Imaginaires, des spectacles déambulatoires qui font revivre l’Art Nouveau à travers le théâtre, la poésie, la danse et la littérature. Ces créations ont été présentées dans les musées nationaux en France et en Espagne. Quand on lui demande ce qu’elle préfère dans son travail, Pauline confie : « Je ne pourrais pas me passer de ces trois activités : jouer, écrire, réaliser. C’est une trinité pour moi. »

Tracer sa route

En 2022, elle réalise son premier court-métrage, Telmah, (2022), sélectionné en compétition au festival de Cabourg 2023 et au festival de Meudon 2022. La comédienne développe aujourd’hui son premier long-métrage, une comédie romantique prévue pour 2026. Pauline s’apprête à retourner en Inde pour ses 40 ans, tout juste vingt ans après son voyage. Elle y donnera des cours à l’École française de Pondichéry. « Je me prépare mentalement à ce retour. Je sens que j’ai laissé quelque chose là-bas », confie-t-elle.

Pour elle, ces trois disciplines constituent un véritable « artisanat d’excellence », comparable, à l’engagement d’une « sportive de haut niveau ». Elle cherche à donner le meilleur d’elle-même dans chacun de ses projets, qu’elle sélectionne avec exigence. Comme beaucoup d’artistes, elle doit jongler pour vivre de ses passions, mais elle transforme cette contrainte en une force : celle d’une femme qui, en se perdant, a fini par se trouver.

Bollywood Boulevard, au Théâtre La Flèche (Paris 11e), du jeudi 9 octobre au jeudi 11 décembre à 21h00. Durée 1h10.