Jan Martens : l’obsession du geste

Depuis 2011, une précision mathématique et une bonne dose d’absurde guident les créations de Jan Martens. À la Biennale de la Danse de Lyon, le Belge présente une recréation de l’un de ses spectacles phares, THE DOG DAYS ARE OVER. Retour sur le travail d’un des chorégraphes les plus en vogue de sa génération. 

I CAN RIDE A HORSE WHILST JUGGLING SO MARRY ME (« je peux monter à cheval en jonglant alors marie-moi ») : dès le titre de cette première pièce, en 2011, Jan Martens assumait son identité artistique unique. Le chorégraphe y faisait le portrait d’un groupe de femmes évoluant dans une société régie par les réseaux sociaux. Quinze ans plus tard, le Belge s’est construit une place importante dans le paysage de la danse contemporaine à travers un répertoire riche. VOICE NOISE (2024) rend hommage à treize femmes oubliées de la chanson, incarnée par cinq interprètes. SWEAT BABY SWEAT (2011) met en scène l’amour fusionnel et destructeur d’un couple à travers une chorégraphie ultraprécise et physique. GRACIELA QUINTET (2024) revisite une partition de l’Argentine Graciela Paraskevaídis dans une ambiance loufoque et futuriste. A eux seuls, ces quatre projets caractéristiques pourraient résumer l’univers du chorégraphe. Une passion viscérale pour la musique ; des penchants pour l’absurde ; une certaine obsession pour la géométrie ; l’amour du geste simple ; l’ambition d’une danse engagée et ancrée dans son époque.

© Phile Deprez

Enfant des années 1980, le Belge se forme à l’Académie de danse Fontys à Tilburg aux Pays-Bas avant d’intégrer le Conservatoire Royal d’Anvers. En 2014, il cofonde l’organisation artistique GRIP, qu’il codirige depuis aux côtés de trois autres chorégraphes contemporains, notamment Cherish Menzo. Parallèlement, Jan Martens est artiste associé de nombreuses institutions belges et françaises, dont l’Opéra Ballet Vlaanderen, la Comédie de Clermont-Ferrand ou la Biennale de la danse de Lyon. Et c’est notamment dans le cadre de cette dernière que le chorégraphe ressort du grenier l’une de ses pièces les plus emblématiques, qui l’avait propulsé sur le devant de la scène en 2014 : THE DOG DAYS ARE OVER, dans une version « 2.0 ».

La salle est entièrement éclairée. Aucune musique ne sort des enceintes, si bien qu’on entend les faibles bruits émis par les huit danseurs qui s’étirent en fond de scène. Ils enfilent chaussettes et chaussures. Puis, commencent à sauter. Sur place d’abord, alignés, avant de quadriller tout le plateau suivant un tracé géométrique. Ce geste, d’une simplicité déconcertante, est la matière principale de THE DOG DAYS ARE OVER 2.0 qui, pendant près d’une heure, pousse à l’excès le curseur physique. Les interprètes ne marquent aucune pause dans leur démonstration. Peu à peu, les vêtements s’assombrissent de sueur, les joues rosissent et les souffles se font de plus en plus courts. Le public est seul face à la souffrance physique du groupe, dont il est le responsable. Avec cette pièce, Jan Martens interroge notre appétit de spectateur face au sacrifice physique des performeurs. Que sommes-nous prêts à faire endurer à cette troupe au nom de la recherche de perfection artistique ?