Paul Thomas Anderson semble avoir mis tout le monde d’accord avec Une Bataille Après l’Autre. La révolution comme toile de fond de son dernier long-métrage, le réalisateur explore une thématique peu abordée au cinéma, encore moins dans le sien jusque-là. Le moment est donc opportun pour découvrir trois autres films qui l’ont fait avant lui.
Une Bataille Après l’Autre pourrait bien être la plus belle sensation du cinéma américain de ce dernier trimestre. Encensé par la critique et le public, les avis sur le dernier film de Paul Thomas Anderson semblent unanimement enthousiaste. Véritable couteau suisse, le cinéaste américain a décidé cette fois-ci de s’aventurer, avec son style singulier et ses traits d’humour, dans le registre du cinéma révolutionnaire. Bob Ferguson (interprété par Léonardo Di Caprio), ancien révolutionnaire amer du groupe des French 75 doit affronter les monstres de son passé lorsque sa fille disparaît et que sa vie est de nouveau mise en danger. Se déroulant dans une société américaine fascisante au bord de l’implosion, le film rappelle cyniquement la politique répressive et anti-migration de l’administration Trump. Exécuté avec brio, le film est aussi une porte d’entrée vers un registre méconnu dont les trois films suivants sont des chefs-d’œuvre du genre.
Soy Cuba (1964)

La Havane, pré-révolution. Le président Fulgencio Batista, allié des États-Unis, règne avec une main de fer sur l’île. De son côté, le peuple souffre : les paysans s’épuisent l’échine dans leur terres, de plus en plus confisqué par des propriétaires terriens américains, certaines femmes vendent leur corps aux touristes pour survivre et les étudiants, désabusés, rêvent d’une grande révolte du peuple. Tourné en réalité, entre les années 1963-1964, soit après la victoire de la révolution castriste et en pleine crise des missiles et embargo américain, le film cubano-soviétique réalisé par Mikhaïl Kalatozov, revient sur ces années charnières durant lesquelles la praxis révolutionnaire a gagné tout les strates de la société cubaine, las de la répression et de la misère.
Vrai cinéma d’avant garde le film est aussi salué pour ses innovations techniques et sa prose frondeuse. Avant de finalement tomber dans l’oubli. Longtemps ostracisé et relégué au rang de propagande pour son parti pris clairement anti-américain, Soy Cuba vit depuis les années 90, grâce aux éloges de Martin Scorsese et Francis Ford Coppola notamment, une renaissance bien méritée.
La Bataille D’Alger (1966)

Filmer la bataille d’Alger qui pouvait avoir bien des airs de gageure, Gillo Pontecorvo y est parvenu. Sorti en 1966, le film du réalisateur italien capture le moment crucial pour l’indépendance de l’Algérie qui n’est autre que la naissance du FLN en 1954. À Alger, où défilent dans les rues l’armée coloniale française, une guérilla discrète se mène dans la casbah, à l’abri des regards. De leurs côtés, les parachutistes français de la 10e DP tentent d’éteindre les braises, sentant bien que le peuple algérois gronde et veut en finir avec la colonisation française.
À la lisière avec le documentaire, ce film si important est dès sa sortie encensé par la critique, nommé trois fois aux Oscars et récompensé par le Lion d’or à la Mostra. En somme, un pied de nez à l’impérialisme français. Paul Thomas Anderson rend même hommage au film de Gillo Pontecorvo dans son dernier long-métrage Une Bataille Après L’autre, preuve que 60 ans plus tard, ce film est plus que jamais d’actualité.
Ici et Ailleurs (1976)

D’un côté, une famille française assise devant son poste de télévision et de l’autre des fedayins, le nom des combattants de l’organisation de libération palestinienne (OLP) dirigé par Yasser Arafat. Le film est commandé en 1970 par l’OLP justement au groupe Dziga Vertov et Jean Luc Godard. Le réalisateur français effectue alors plusieurs voyages en Jordanie et en Palestine avec comme titre en tête : Jusqu’à La Victoire. Mais fin 1970, a lieu le Septembre Noir, un conflit déclenché par le royaume hachémites contre l’organisation palestinienne qui résultat sur son exil au Liban et la mort de la plupart des militants rencontrés dans le film.
Désormais caduque, le film est mis de côté un temps par Jean Luc Godard et Jean Pierre Gorin avec qui il travaillait alors. Le film ne sort finalement qu’en 1976, 5 ans après les premiers tournages et 3 après dissolution de Dziga Vertov. Exit de Gorin, Godard termine le film avec Anne-Marie Miéville. Ils reviennent alors sur le matériel de ce film resté inachevé en l’intégrant dans une relation dialectique avec un nouveau regard critique et les réalités de la société française. En bref ici et ailleurs, eux et nous, hier et aujourd’hui.


