Cette année marque le trentième anniversaire de la sortie de Me against the world, le 3ème projet studio de Tupac Shakur. Retour sur un album tournant pour la carrière du rappeur, marqué par une introspection immense et qui a cassé les codes du gangsta rap, alors roi aux États-Unis.
Le 14 mars 1995, jour de la sortie de l’album, Tupac est sous écrous à la prison de Dannemora, à quelques dizaines de kilomètres de New York. Un mois plus tôt, il a été jugé coupable d’agression sexuelle après une plainte déposée par une jeune femme avec qui il a eu une affaire sentimentale et qui l’a accusé d’avoir permis à des membres de son entourage de profiter d’elle. L’artiste nie les faits qui lui sont reprochés, et la révision de son procès en appel lui permettra de quitter l’enfermement.
Tupac passera tout de même neuf mois derrière les barreaux, soit une grande partie de la période de sortie et de promotion de Me against the world. Mais fort de sa puissance narrative, de ses productions entêtantes et de son megatube « Dear Mama » -qui est encore aujourd’hui l’un des morceaux références de la carrière de l’artiste-, l’album n’a pas besoin de son auteur pour la publicité. Il se hisse à la première place du Billboard 200 dès sa sortie et y restera pendant trois mois, réalisant en passant le score historique de 240.000 ventes en première semaine. Ce succès phénoménal est celui qui fera définitivement entrer Tupac dans la cour des grands, notamment grâce à la profondeur de la plume avec laquelle il a composé les morceaux.

C’est la première fois qu’un artiste mainstream et représentant de l’univers et des codes de la rue se présente entier devant les fans. Douleurs d’une histoire familiale ponctuée d’abandon et de violence, engagement sans faille dans les luttes pour l’égalité des races, âpreté d’une jeunesse de misère, remises en question métaphysiques et théologiques, tout y passe. « If I Die 2nite », « So many tears », « Fuck the world », les titres des morceaux parlent d’eux-mêmes, et reflètent le bouillonnement d’émotions qui traverse alors le jeune new-yorkais, déchiré entre son succès grandissant et les devoirs de la thug life, la vie de rue, si chère à son identité et à son art.
L’immense succès que rencontre Me against the world marque ainsi un tournant dans la carrière de Tupac. Le producteur de musique Suge Knight, également figure emblématique du gang des Bloods de Los Angeles, prend conscience du potentiel de la pépite (Tupac n’a alors que 23 ans), et propose de payer la caution de libération du rappeur si celui-ci accepte de signer sur son label Death Row Records. Shakur saisit l’occasion et s’empresse de signer le contrat qui amènera à la production et à la sortie, en 1996, du double album All eyez on me, celui qui le fera passer du statut de numéro un à celui de légende de la musique américaine.


