À l’occasion des 50 ans de la mort du dictateur Franco, le 20 novembre 1975, retour sur un album méconnu de la Movida, mouvement culturel déterminant de l’Espagne post dictature.
Il existe des disques qui dorment dans la poussière des bacs, oubliés du grand public mais chéris par ceux qui aiment fouiller. Tiempo Cero, unique album du groupe valencien Mogambo, fait partie de ceux-là. Sorti en 1986 sur le label local Tenessy Discos, il condense l’esprit d’une époque bouillonnante, celle de la Movida : ce mouvement culturel et artistique qui, au début des années 80, a libéré l’Espagne du silence et de la grisaille imposée par la dictature franquiste. Partie de l’infatigable Madrid, la Movida a rapidement gagné l’Espagne toute entière, donnant naissance à des artistes excentriques et pionniers de leur genre, à l’instar de Pedro Almodóvar, Alaska y Los Pegamoides ou encore Mogambo.
Le titre de l’album, Tiempo Cero , que l’on peut traduire par “temps suspendu” ou “temps zéro” (à comprendre “point de départ”), n’est peut-être donc pas un hasard. Après des décennies d’oppression, l’Espagne se retrouve dans un entre-deux : la dictature est finie, la démocratie se construit, et une génération entière cherche à rattraper les années perdues, à inventer de nouveaux repères. La musique devient alors un véritable terrain d’expérimentation.

Derrière Mogambo, on retrouve Carlos De La Torre et Amparo Guardiola aux claviers, Salva Sanambrosio à la basse, et Pilar Pinazo au chant. Leur musique, construite autour de nappes de synthés – dont le fameux Yamaha DX7, symbole sonore des années 80 – et de lignes de basse rondes, propose une fusion singulière : funk vaporeux, effets électroniques et un parfum un peu kitsch ou “cheesy”, devenu aujourd’hui son principal charme. Les singles Tiempo Cero / Dando et Vueltas y Confusión / Oyendo las Calles bénéficient alors de quelques passages radio et télé, allant jusqu’à se hisser dans le Top 40 espagnol, sans jamais réellement franchir le cap du succès national.
Le disque, n’ayant pas révolutionné la musique ibérique, aurait pu se perdre dans l’oubli complet. Pourtant, des années plus tard, il refait surface grâce aux collectionneurs et aux compilations spécialisées comme Ritmo Fantasía, qui met à l’honneur ces sonorités funk-fusion, que l’on assimile rarement à l’Espagne. Ainsi, Mogambo apparaît comme un petit fragment d’histoire musicale, témoin d’une Espagne en pleine révolution politique et culturelle.


