Accompagnée des quatorze danseurs de la compagnie de danse nationale de Norvège, la chorégraphe hongroise Eszter Salamon livre une fresque visuelle dont seul le spectateur est maître du récit qu’il en tire.
Un duo de boxeuses, quelques chevaliers, une chanteuse lyrique ou encore une poignée de bacchants : de bien drôles de personnages peuplent la dernière création d’Eszter Salamon. Comme si la chorégraphe les avait piochés dans un recueil de contes, avant de les poser, tout simplement, sur son plateau. Intrus dans un monde hostile, ils détonnent au milieu des immenses drapés de couleurs vives qui composent le décor. On ne sait rien d’eux, la chorégraphe ne nous accorde ni contexte, ni histoire. Et la quasi-immobilité avec laquelle ces quatorze danseurs se meuvent ne nous aide pas à en savoir plus.
Parler de pièce chorégraphique, dans son sens classique, serait faux, tant on semble assister à une exposition picturale, dont chaque toile est plus impressionnante que la précédente. Sans aucun fil narratif, ces immenses tableaux entièrement monochromes s’enchaînent tout au long des deux heures qui composent la pièce. Si bien qu’une question se pose : Eszter Salamon chercherait-elle à lasser son public ? A le faire fuir à coups de tableaux immobiles et dénués de sens ?
C’est ce que semble penser une partie de la salle tant les gradins se vident à mesure que la pièce évolue. Ou bien la chorégraphe souhaiterait-elle que nous fassions notre part du travail ? Les tableaux qui s’enchaînent sont comme de nouveaux mondes qu’elle ouvre, portant chacun un imaginaire infini à partir duquel le spectateur est libre d’inventer ses propres récits.


