Les années 90 ont vu Jamiroquai s’imposer comme un phénomène à part,avec leur groove hors normes et leurs visuels iconiques. Devenus symbole d’une génération, Jay Kay, leader du groupe, a connu la gloire internationale, les excès et les silences. Le 18 novembre 2024, le groupe annonçait son grand retour avec Heels of Steel, un nouvel album et une tournée mondiale, mais l’album se fait toujours attendre. À quelques jours du début de la tournée, retour sur le parcours d’un groupe culte mené par un chanteur aussi magnétique que paradoxal.
C’est en 1993, à Londres, alors que la scène musicale britannique se remet d’une décennie de répression par la première ministre conservatrice Margaret Thatcher, qu’un ovni débarque en ville. Chapeau fourrure vissé sur la tête, poncho ultra coloré et gueules d’anges : le public anglais fait alors la connaissance de Jay Kay et de son groupe, Jamiroquai. Loin de la mélancolie de la new-wave et des rythmiques de l’acid-house, les « cools kid » de Jamiroquai apporte dans leur premier album, » Emergency On Planet Earth« , un groove venu d’ailleurs, à la croisée des genres entre funk, disco, et jazz fusion. Au niveau du discours, on se rapproche des revendications hippies, pacifiste et écologiste avec des titres comme « Too Young To Die » ou « When You Gonna Learn ? ». C’est la Revolution 1993. Sortis de nuls part, ces vingtenaires créent la sensation en se hissant à la première place des charts anglais, ils y resteront pas moins de dix semaines.
Le paradoxe Jay Kay
Très vite, Jamiroquai confirme qu’ils ne sont pas qu’une sensation passagère : dès 1994, le groupe enchaîne avec un deuxième album tout aussi légendaire, The Return of the Space Cowboy, qui assoit définitivement leur place dans le paysage musical britannique. La machine est lancée : avec Travelling Without Moving en 1996 et son tube planétaire « Virtual Insanity« , Jamiroquai conquiert le monde et devient l’un des groupes britanniques les plus exportés de la décennie. Jay Kay, leader du groupe, se transforme ne véritable icône charismatique, bête de scène et trendsetter dont le sens du style (chapeaux et bonnets extravagants, ensembles Adidas) imprègne encore aujourd’hui toute une génération. Pourtant, derrière cette énergie ultra solaire se cache une face plus sombre : drogues, alcool, frasques en tous genres et passion démesurée pour les bolides de luxe. L’obsession automobile de Jay Kay lui vaudra même de perdre son permis après des excès de vitesse répétés, ternissant encore l’image du militant écolo et pacifiste qu’il incarnait à ses débuts.

La tournée 2025
Aujourd’hui, à quelques semaines du lancement de The Heels of Steel Tour, une toute nouvelle tournée après huit ans d’absence, l’attention se concentre sur plusieurs questions. D’abord celle du nouvel album, annoncé il y a presque un an, mais pas encore sorti, qui devra convaincre après la déception critique de Automaton en 2017. Avec quelles sonorités Jay Kay et son groupe comptent-ils renouer avec leur public ? Retour aux racines funk et organiques qui ont fait leur succès, ou virage vers des textures plus électroniques ? Mais au-delà de la musique, c’est aussi l’état de forme du chanteur qui intrigue. Après des années marquées par les excès mais aussi par des problèmes de santé, Jay Kay parviendra-t-il à retrouver cette énergie qui faisait la renommée des concerts du groupe ?
En attendant, l’intéressé se fait discret, préférant s’amuser en studio et distiller quelques vidéos sur Instagram. Récemment, il s’est permis de narguer son public dans une parodie façon Donald Trump : « Je sais que vous pensez que je suis un con, car je vous ai promis un album, j’ai dit qu’il sortait cette année mais des choses se sont passées et il n’est toujours pas là ». Jay Kay entretient le mystère : la tournée 2025 s’annonce comme le moment de vérité, celui où Jamiroquai devra prouver qu’ils n’ont rien perdu de leur légende.


