Dans la fuite, un monstre pathétique : « La Disparition de Josef Mengele »

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Avec La Disparition de Josef Mengele sorti le 22 octobre 2025, le réalisateur russe Kirill Serebrennikov abandonne toute tentation du film de traque spectaculaire pour ausculter, avec une précision presque documentaire, la longue cavale sud-américaine du bourreau d’Auschwitz. 

Dès l’ouverture où, bien après la mort du criminel, son squelette est montré à des étudiants, le film annonce une démarche clinique, mais aussi obsédante : l’histoire d’un fantôme qui persiste, davantage tapi dans la mémoire collective que dans les jungles brésiliennes. Fini les films biographiques intra-URSS comme Limonov ou Leto, bienvenue dans un film où l’on joue avec les ombres pour apercevoir ce qu’il y a de plus clivant.

Le noir et blanc choisi par Serebrennikov impose une distance, une âpreté volontaires, évoquant le cinéma russe des années 60 et certains biopics dénués de pathos, mais il s’en affranchit vite : par fulgurances, la couleur jaillit — celle d’atroces home movies, d’archives fictives aux rouges éclatants — soulignant à vif la banalité du Mal et son irruption brutale dans notre imaginaire. Sorte de puzzle poli par le montage, le film épouse la fuite perpétuelle d’un homme qui, loin d’être une énigme baroque ou un diable fascinant, s’avère surtout terriblement pathétique et mesquin, jusque dans sa paranoïa et ses plaintes domestiques.​

Dans la veine d’autres œuvres du cinéaste (Leto, La Fièvre de Petrov), le dispositif frôle parfois la saturation, la reconstitution minutieuse virant à la muséification, comme si tout devait être montré pour être cru — clin d’œil appuyé au Zone d’Intérêt de Jonathan Glazer, qui questionne aussi ce malaise du spectaculaire face à l’irreprésentable. On en ressort secoué, mais troublé par le sentiment d’avoir frôlé le Mal de trop près, sans que celui-ci ait pris la mesure d’un mythe. Plus qu’un biopic, un écorché, où la noirceur du destin éclate dans chaque silence, chaque fragment d’image — jusque dans l’absurdité d’un drapeau nazi planté sur un gâteau d’anniversaire.