« Father », enquête photographique de Diana Markosian

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À l’occasion du festival de la photographie d’Arles 2025, placé sous le thème « Images indociles », la photographe Diana Markosian a remporté le prix Madame Figaro Photo 2025 pour son exposition Father. Une œuvre intime et bouleversante qui explore la séparation, la mémoire et la reconstruction du lien familial.

Dès l’entrée, la salle d’exposition plonge le visiteur dans une atmosphère empreinte de mélancolie. Father retrace la quête de retrouvailles entre la photographe et son père, restés séparés pendant quinze ans. À travers un dispositif mêlant photographies, archives, lettres et vidéos, Diana Markosian transforme son histoire personnelle en un récit universel sur l’absence et le pardon.

À l’âge de sept ans, peu après l’effondrement de l’Union soviétique, sa mère décide de quitter Moscou avec elle et son frère pour s’installer à Santa Barbara, en Californie, sans prévenir leur père. Le lendemain, celui-ci ne découvre qu’une lettre d’adieu. Pendant quinze ans, cet homme ne cessera de chercher ses enfants, envoyant des centaines de lettres à des écoles, des ambassades, des boulangeries ou encore à la police, soutenu dans cette quête par son propre père, le grand-père de Diana.

« Tout au long de ma vie, mon père n’a représenté qu’une silhouette dans l’album de famille. À sept ans, ma mère nous a dit de faire nos valises. […] Elle a découpé sa photo dans tous les albums. Pour moi, ces espaces vides l’ont rendu plus difficile à oublier. » — Diana Markosian

L’exposition fait dialoguer les deux trajectoires, celle de la fille et celle du père. Celle du père cherchant inlassablement ses enfants, et celle de la fille tentant de retrouver un lien effacé. Parmi les œuvres exposées, une valise débordante de lettres toutes retournées à l’expéditeur, des photographies documentaires et des instantanés de famille témoignent d’une histoire morcelée, réassemblée avec pudeur. Dans une scénographie minutieuse, Markosian recrée même l’intérieur de la maison paternelle, celle où les retrouvailles ont enfin eu lieu, des années plus tard, en Arménie. Ces retrouvailles, captées aussi en vidéo, révèlent toute la timidité des premiers gestes, la gêne du temps perdu, la difficulté à renouer avec un inconnu si proche, mais aussi la tendresse d’un rapprochement fragile. La caméra de Markosian filme ces instants avec une grande délicatesse, sans effacer la douleur ni la beauté de cette reconquête. Sans jamais forcer l’émotion : l’image se fait lieu de réparation.

Matin avec toi, de la série Father, 2013

Avec Father, le geste artistique devient un acte de mémoire. En reconstituant les fragments de son histoire, Diana Markosian parvient à figer l’évanescence d’un père retrouvé, à lui redonner une place dans l’image, dans la vie, et à partager avec le public une réflexion universelle sur la séparation et la distance.

La valise de mon grand-père, de la série Father, 2014
Le retour, de la série Father, 2014