« Le Paradoxe de John », Philippe Quesne questionne la création artistique

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Que fait-on du paradoxe de l’art ? Comment s’acharner à la création ? Quelle est la place du collectif ? De quelle façon peut-on faire co-exister les arts plastiques et la poésie ? Ne sont-ils pas semblables par bien des égards ?

Présentée au Festival d’Automne 2025 à La Commune d’Aubervilliers, la pièce Le Paradoxe de John, du plasticien mais aussi metteur en scène Philippe Quesne, ne cesse d’interroger. Pensée en diptyque avec sa pièce L’Effet de Serge, de 2007, jouée sur les planches du festival à l’époque, elle questionne les codes du théâtre et joue sur la proximité avec le public.

Création, Collectif et Composition

En 2007, l’appartement de Serge lui servait à proposer des petits performances devant ses amis toutes les semaines. Il expérimentait performances et art minimaliste, au rythme des imprévus et du partage de ses passions variées, avec Gaëtan Vourc’h et Isabelle Angotti, dans une pièce intimiste, parfois teintée de non-sens.

En 2025, Serge est décédé. Le personnage de Juliette Angotti transforme l’appartement en atelier et galerie d’art et invite quelques artistes à venir créer, tous les jeudis, des performances artistiques, suite logique de L’Effet de Serge

Il y a, dans Le Paradoxe de John, une absurdité, parfois légère, parfois plus intense, qui participe au flou artistique gangréné par la bande son et les décors sensibles imaginés par Philippe Quesne. Lorsque la pièce se termine, le spectateur, se rappelant du titre, se demande : in fine, qui est John ? « Je ne sais pas si c’est le prénom de quelqu’un ou d’un objet, ou des airs de musiques de Cage, ou si c’est quelqu’un qui ne vient pas… Comme Godot ! ». 

Entrelacs du poétique et du plastique

La pièce s’appuie sur des textes de Laura Vazquez, poétesse et romancière, lauréate du Prix Goncourt de la Poésie en 2023, commandés spécialement pour la pièce. Cette collaboration ne date pas d’hier : elle avait écrit Le jardin des délices, présentée par Philippe Quesne au Festival d’Avignon, en 2023.

Loin d’être des fioritures ornementales de la performance, les poèmes prennent part sensiblement au décor et au dialogue. Diffusés en continu sur des écrans, ils sont à la fois témoin passif et partie tenante de l’action qui se déroule. Véritable réflexion illogique sur la place de l’art dans nos sociétés, de ce qu’en fait l’humain et le non humain, Philippe Quesne, révèle toute sa personnalité dans cette seconde moitié de ce diptyque théâtral.