Jacques Demy fait partie du cercle fermé des réalisateurs dont il est difficile de ne retenir que quelques films… Pour Les Incultes on tente de se plier à l’exercice.
1. Lola (1961)
Premier long métrage de Jacques Demy, Lola marque l’entrée du cinéaste dans un univers poétique où se mêlent hasard, amour et destin – des thèmes majeurs de sa filmographie. Tourné à Nantes, le film raconte l’histoire de Cécile, dite Lola (incarnée par Anouk Aimée), danseuse de cabaret et maman d’un petit garçon, qu’elle élève seule, attendant désespérément le retour du père, son grand amour. Face à elle, Roland Cassard (joué par Marc Michel) symbolise la solitude et le désir inassouvi. Il est amoureux de Lola, mais ce n’est pas réciproque. Ce film en noir et blanc, à la fois réaliste et romantique, pose les bases du style demyen : une ville portuaire, des amours impossibles et des personnages riches, vivant très librement.

2. Les Parapluies de Cherbourg (1964)
Ce film entièrement chanté propulse Demy sur la scène internationale. Les Parapluies de Cherbourg, porté par Catherine Deneuve, la grande actrice de Jacques Demy et Nino Castelnuovo, raconte l’amour brisé entre Geneviève et Guy, séparés par la guerre d’Algérie. Les dialogues mis en musique par Michel Legrand et la photographie éclatante de couleurs font du film une œuvre à part, pionnière et très riche – si vous n’êtes pas habitué, le visionnage peut être perturbant, voire difficile car chaque phrase est chantée. Couronné par la Palme d’Or à Cannes, il incarne la rencontre parfaite entre la comédie musicale américaine et la sensibilité à la française de Demy. Près d’un demi-siècle plus tard, son empreinte artistique se fait encore sentir, notamment chez Damien Chazelle, qui revendique Les Parapluies de Cherbourg comme une référence majeure dans la conception de La La Land (2016).

3. Les Demoiselles de Rochefort (1967)
Avec Les Demoiselles de Rochefort, Demy prolonge sa veine musicale dans une explosion de joie et de couleurs. Les jumelles Delphine et Solange, interprétées par les sœurs Catherine Deneuve et Françoise Dorléac, rêvent d’amour et de gloire. Autour d’elles gravitent Gene Kelly, Jacques Perrin et Michel Piccoli. Le film, rythmé par les mélodies magiques de Michel Legrand, célèbre une fois de plus le hasard et les rencontres manquées. C’est un hymne à la vitalité, à la danse, une déclaration d’amour à la beauté des villes de bord de mer, un bijou musical où chaque chanson est chantée en alexandrins, le tout sur les compositions d’un des plus grand jazzman français. C’est peut-être le plus célèbre film de Demy, qui divise autant qu’il séduit, tant il est une bulle – parfois jugée niaiseuse et naîve – de joie et de couleurs.

4. Peau d’Âne (1970)
Adapté du conte de Charles Perrault, Peau d’Âne transporte l’univers de Demy dans un imaginaire fantastique. Catherine Deneuve y incarne une princesse contrainte de fuir son père (joué par Jean Marais) pour échapper à un mariage interdit. Cachée sous une peau d’âne, elle trouve refuge dans un autre royaume et découvre l’amour avec un prince charmant (Jacques Perrin). Avec ses décors oniriques, ses costumes éclatants et ses chansons inoubliables, Peau d’Âne mêle féérie et audace (tant la proposition est unique) et reste un chef-d’œuvre intemporel du cinéma français.

5. L’Événement le plus important depuis que l’homme a marché sur la lune (1973)
Dans cette comédie légère et satirique, Jacques Demy retrouve Catherine Deneuve, qui forme un duo mythique avec Marcello Mastroianni. Il marque une rupture avec ses précédents films – véritables mastodontes d’organisation et de moyens financiers et humains – pour retrouver un film plus « simple » mais pas pour autant banal. Le film raconte l’histoire d’un moniteur d’auto-école qui découvre… qu’il est enceint. En renversant les rôles traditionnels, Demy aborde avec humour et finesse les questions de genre, d’égalité des sexes et joue avec les codes sociétaux… en 1973 ! La bande originale est signée Michel Legrand, accompagnée au chant par Mireille Mathieu.



