Faisant partie de la sélection Hors Compétition du festival de Cannes 2025, La Vague (La Ola) entend souligner la révolte féministe qui a agité les universités chiliennes en mai 2018, une comédie-musicale signée Sebastian Lelio.
Les étudiantes de l’université d’art de Santiago se réunissent et s’organisent. Dresse un slogan sur les murs : « Dans cette université on diplôme les violeurs ». Peut-on réellement se faire entendre ? Comment se décide-t-on à descendre dans la rue et réclamer un changement structurel ?
Julia, la protagoniste, est une jeune étudiante en musicologie, qui chante, et qui peine à trouver sa voix lorsqu’elle se souvient de la nuit passée avec l’assistant de la professeure de musique, qui l’a violée dans son sommeil. Le film explore, avec sensibilité et rage, les incompréhensions et les injustices qui réveillent les jeunes femmes de l’Amérique Latine. Véritable raz-de-marée de sororité, de joie et de colère, Sebastian Lelio tente de déconstruire le patriarcat avec, somme toute, quelques teintes d’ironie, où il se met lui-même en scène. Les étudiantes regardent le réalisateur, derrière sa caméra : « Et c’est un homme qui réalise le film ! » ce à quoi il répond : « Mais je suis déconstruit ! ».
Se méfier de l’eau qui dort
2h10 d’un mélange de comédie musicale, de théâtre, d’absurdité et de blocus étudiant. La Vague s’ouvre sur un hakka féminin impressionnant, rappelant les 150 000 manifestantes du Chili le 18 mai 2018. Néanmoins, si le film démarre en trombe, il finit par battre de l’aile dans sa seconde partie. Jouant sur plusieurs stéréotypes de la lutte des genres, où la féministe est toujours et d’abord une victime. Le film se confond par ailleurs dans une intrigue plutôt décousue.
Nager entre deux eaux
La deuxième-moitié se concentre sur le blocus, dans une université labyrinthe où il faut trouver sa place, où les médias tentent de s’immiscer. Les intermèdes musicaux rythment le récit, incarnent la libération de la parole et l’effet de masse. Mais à trop y faire recours, on s’y perd. Sebastian Lelio mise sur une promesse forte, celle d’un récit engagé et d’une mise en scène artistique. Un mélange qui cherche à prendre de l’ampleur tout au long de l’œuvre, sans pourtant atteindre son point d’acmée. La Vague éclaire néanmoins une lutte collective et citoyenne souvent sous-évalue en Europe.
Daniela Lopez, actrice principale, incarne avec finesse et ferveur cette jeunesse arrachée à ses rêves et qui s’engage, faute de soutien de la part des institutions. Sebastien Lelio, dont ses engagements avaient déjà été révélés lorsqu’il avait choisi d’éclairer le destin d’une jeune femme transgenre, est le seul encore aujourd’hui, à avoir traité les révoltes féministes de 2018 au Chili. Bon sujet, admirable casting, mais il manque un je-ne-sais-quoi de désordre.
La colère y est trop encadrée, trop stylisée sous le prisme d’une comédie musicale rangée, et n’effleure qu’en surface les enjeux politiques qu’elle souligne. Sebastian Lelio enfonce des portes ouvertes et manque de densité là où il coche toutes les cases d’une comédie musicale visuellement forte et dynamique.


