Associé au genre du cinéma d’auteur, Arnaud Desplechin a reçu 6 prix pour 43 nominations depuis 1992. Un mois après la sortie en salles de son nouveau film, Les Incultes vous propose 8 films pour se plonger dans sa filmographie.
Arnaud Desplechin bâtit depuis plus de trente ans une œuvre foisonnante, où l’intime se mêle au romanesque. Son cinéma explore les liens familiaux et les fractures, et se déploie à travers des personnages complexes, parfois récurrents.
Deux pianos (2025)
Sorti il y a un mois, Deux Pianos marque le 16ᵉ long-métrage d’Arnaud Desplechin. Ce mélodrame suit un pianiste renommé rentrant en France après des années d’exil. Invité par son ancienne mentor à rejouer à l’Auditorium de Lyon, il se retrouve confronté à un passé enfoui : un enfant qui lui ressemble et Claude, son amour d’autrefois. Desplechin se réinvente avec de nouveaux visages, François Civil et Nadia Tereszkiewicz, et délaisse Roubaix, centrale dans son cinéma, pour un décor lyonnais. Mais, le film conserve la marque du cinéaste, avec ses dialogues abrupts et ses personnages déchirés par leur passé. Nadia Tereszkiewicz, talentueuse, porte un rôle lourd : celui d’une jeune veuve, mère d’un garçon de huit ans. Un personnage cantonné à l’attente et à la dépendance affective (figure féminine récurrente chez le cinéaste), mais qui sonne dépassée pour un film de 2025. Desplechin ne gagnerait-il pas à faire évoluer ses représentations ?
Actuellement au cinéma. Durée 1h55.
Frère et sœur (2022)
Louis et Alice, frère et sœur, sont en froid depuis vingt ans. Leur relation se retrouve bouleversée lorsque leurs parents sont victimes d’un accident de la route et hospitalisés, les obligeant à se revoir. Le film explore avec minutie les secrets et les non-dits qui rongent leur famille. On retrouve des motifs familiers du réalisateur : Roubaix, les relations familiales complexes, ainsi que la mort des siens. Le film adopte un ton très dramatique. Melvil Poupaud, déjà remarquable dans Un conte de Noël (2008), incarne Louis avec une grande intensité. À ses côtés, Marion Cotillard s’inscrit dans la lignée des duos chers au réalisateur, autrefois portés par Mathieu Amalric et Emmanuel Devos. Le film comporte néanmoins des passages maladroits. Certaines scènes et dialogues sont un peu dans l’excès, à l’image de « Ta colère s’effacera comme un dessin sur le sable ».
Disponible sur Arte et Canal +. Durée 1h48.
Roubaix une lumière (2019)
Le film Roubaix, une lumière s’inspire d’un fait divers survenu en 2002, déjà retracé dans le documentaire Roubaix, commissariat central, affaires courantes de Mosco Boucault. Le film présente six enquêtes menées par le commissaire Haroune, le lieutenant Auverdin et leurs collègues. Nommé dans sept catégories lors des César 2020, l’acteur Roschdy Zem reçoit le Lauréat du meilleur acteur. Au fil de ces investigations, le film plonge dans une atmosphère sombre et illustre un déterminisme social. Desplechin recycle ses films et sa ville natale. Il reprend également certains prénoms et acteurs. Ces choix tissent des liens subtils à travers sa filmographie et donnent vie à des personnages qui réapparaissent d’un film à l’autre.
Disponible en VOD. Durée 1h59.
Les Fantômes d’Ismaël (2017)
Les Fantômes d’Ismaël raconte l’histoire d’un cinéaste (toujours incarné par Mathieu Amalric), dont la vie bascule la veille du tournage de son nouveau film. Un amour disparu depuis vingt ans refait surface. Jouant sur la mise en abyme, le film brouille les liens entre fiction et réalité. L’idée est audacieuse, mais la narration se montre complexe et parfois difficile à suivre. Cette « histoire dans l’histoire », qui dialogue avec la vie réelle des personnages, ralentit le rythme et trouble l’atmosphère. Entre temporalités et intrigues multiples, le spectateur peut facilement se perdre. Les Fantômes d’Ismaël peine ainsi à maintenir une cohérence narrative qui aurait rendu l’ensemble plus fluide et immersif.
Disponible en VOD. Durée 2h15.
Trois souvenirs de ma jeunesse (2015)
« Est-ce que quelqu’un t’a déjà aimé plus que sa vie ? » déclare Esther. Trois souvenirs de ma jeunesse, César du meilleur film en 2016, est un préquel du film Comment je me suis disputé… (ma vie sexuelle) (1996), sorti vingt ans plus tôt. Véritable hymne à l’amour, il mêle littérature, art et philosophie. Plongé dans la ville de Roubaix des années 1980, le film retrace l’histoire de Paul Dédalus et Esther, dont l’amour complexe traverse plusieurs films de Desplechin. Le film revisite le souvenir, explore la jeunesse, les passions et la fascination pour les femmes. D’une seule traite, il multiplie les pistes et les genres (film d’espionnage, romance, récit initiatique sur le passage à l’âge adulte) tout en conservant une homogénéité fondée sur la mélancolie d’un amour impossible.
Disponible en VOD. Durée 2h03.
Un conte de Noël (2008)
Un autre film, une même ville et des tensions familiales. L’histoire suit la famille Vuillard : la mère, interprétée par Catherine Deneuve, découvre qu’elle souffre de la même maladie que son fils, mort à six ans. Elle doit recevoir une greffe de moelle osseuse. La famille cherche un donneur, et le seul compatible est Henri, le renié, incarné par Mathieu Amalric, fidèle aux films de Desplechin. Le film met en scène les discordes familiales à travers une galerie de portraits, découpée en chapitres ; « L’aîné », « Le cadet », « Le benjamin », « Les adieux ». Ce film explore une crise familiale où les secrets bien connus éclatent. Pour anecdote, le chanteur Orelsan a récemment confié dans une interview pour Kombini avoir regardé ce film, qui l’a inspiré pour son titre Défaite de famille, issu de l’album La fête est finie (2017).
Disponible en VOD. Durée 2h30.
Rois et Reine (2004)
« J’ai toujours estimé qu’aimer, c’est ne pas avoir à demander », dit Nora, incarnée par Emmanuelle Devos. Cette réplique reflète bien l’essence du film. On suit la vie de deux ex-amants : Nora, mère seule confrontée à la maladie de son père, et Ismaël, musicien interné en hôpital psychiatrique, interprété par Mathieu Amalric, César du meilleur acteur en 2005. Le film mêle double récit et flash-backs pour explorer la complexité des relations humaines, entre amour, colère, joie et douleur. Ces deux histoires, celle d’une femme libre et d’un homme guignol, se rejoignent puis se séparent à nouveau. Nora, autrefois libre, sombre dans l’aliénation. Ismaël, au bord du suicide, s’élance vers une renaissance. Chacun oscille, cherchant sa propre liberté. Rois et Reine, riche en références mythologiques, plonge le spectateur dans les zones grises de l’amour.
Disponible en VOD. Durée 2h30.
Comment je me suis disputé… (ma vie sexuelle) (1996)
Comment je me suis disputé… est un film qui peut laisser certains spectateurs sur la réserve… Paul Dédalus, interprété par Mathieu Amalric, est un étudiant confronté aux tourments existentiels de la vingtaine et à des histoires d’amour peu fameuses. Avec près de trois heures, le film de 1996, aux dialogues travaillés et presque théâtraux, peut sembler dense pour ceux qui privilégient une intrigue rapide. Pourtant, certaines scènes brillent par leur finesse et offrent une plongée dans la psychologie des personnages. Le récit suit plusieurs intrigues parallèles et explore la vie (sexuelle, amicale, spirituelle et relationnelle) de Paul avec justesse. Même si cette multiplicité de pistes peut parfois donner une impression de fourre-tout, Comment je me suis disputé… reste un film touchant et drôle. Une réflexion sur l’amour, l’amitié et le passage à l’âge adulte, qui séduit plus par ses idées que par son rythme.
Disponible en VOD. Durée 2h58.


