« Like a Ribbon », les psaumes de John Glacier

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Like a Ribbon, le premier album de John Glacier, fait incontestablement partie des plus belles sorties du rap britannique. Des plus étranges aussi. Inventive et cryptique, pourquoi la musique de la native d’Hackney à Londres est-elle si addictive ?

John Glacier. L’aptonyme a été choisi sur mesure. Grâce à sa voix monotone semblable au flux glacée d’une rivière, la londonienne, sur son premier album Like a Ribbon , offre une prestation des plus saisissantes de ces derniers mois côté Outre-Manche. Sur « Nevasure », elle psalmodie ses paroles d’une voix quasi étouffée, distille délicatement sa poésie alors que se joue en fond les déflagrations violentes des basses 808 et les hurlements stridents des synthétiseurs. C’est pourtant, elle, par on ne sait quel pouvoir surnaturel, qui ressort victorieuse de ce duel sonore dont il est impossible d’y aposer une étiquette d’ailleurs. Son mumble rap vient s’écraser contre une multitude d’influences, de jungle à house, rendant John Glacier tellement insaisissable et donc si captivante.

Ses déclarations à la presse ne permettent pas de trouver plus d’explications rationnelles à sa musique et à son personnage : John Glacier aurait près de 20 000 ans et son pseudonyme serait inspiré du douzième apôtre, le favori de Jésus Christ. Ce qui pourrait expliquer pourquoi ses tribulations au cœur de son quartier de Hackney, au nord de Londres, frôlent parfois avec l’ésotérisme et le mystique. Un sentiment accentué par une articulation qui rend parfois ses paroles énigmatiques, à l’exception de quelques mots piochés à la volée. Elle récite ses textes dans un murmure intimiste proche d’une prière et en flux parfois ininterrompu comme un long monologue dont on ne sait pas à qui il est destiné.  Mais au-delà ce qu’elle peut bien dire, c’est ce qu’elle fait ressentir qui fait aussi la force de son œuvre. Sur « Found » et ses notes de pianos glitchées et ses drums syncopées de Jungle, John Glacier livre une introspection enrobée de spiritualité aussi bien imperceptible qu’angélique, le tout en s’imaginant tomber dans un monde meilleur. Le paradis ? 

Pour aller écouter Like a Ribbon de John Glacier.