Le retour vers le futur selon Vegyn

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Sorti en janvier 1998, Moon Safari du groupe Air, composé des français Nicolas Godin et Jean-Benoît Dunckel, est devenu une référence de la musique électronique française. Un petit bijou, qui rêvait d’un futur qui n’est jamais arrivé. Resté pendant plus de 25 ans dans son écrin, intouchable et inaltérable, le producteur londonien Vegyn s’est pourtant lancé le défi de proposer une toute nouvelle version de l’album.


Il y a ces disques que l’on ne touche jamais. Le faire serait un sacrilège, au mieux une périlleuse idée pour ne pas dire mauvaise. Moon Safari du duo d’électro français Air, pierre angulaire de l’édifice French Touch, en fait sans aucun doute partie. Le producteur britannique Vegyn – qui a travaillé intimement avec Frank Ocean sur Blonde et Endless– n’est, lui, pas de cet avis puisqu’il s’est donné comme gageure de revisiter ce bijoux d’analogique. En 2019, il sortait Only Diamonds Can Cut Diamonds : seul un diamant est capable d’en découper un autre. Alors le joaillier londonien était-il le mieux armé pour sculpter une nouvelle version de Moon Safari égale à l’originale ? Avec Blue Moon Safari, Vegyn n’offre ni un remix ni un polissage mais une redéfinition réfléchie donnant au disque une deuxième vie sans pour autant trahir l’esprit de base. Une prouesse d’équilibriste où sont talent parvient à superposer celui de ses aînés, qui lui laisse carte blanche totale.

Dès l’ouverture de Blue Moon Safari, Vegyn prouve que sa version va bien au-delà de l’hommage. Il prend notamment le pari d’ouvrir sa version avec New Star in The Sky, un morceau plutôt secondaire dans l’original, au détriment de La Femme d’Argent, classique intemporel placé cette fois-ci au milieu de l’album. Il donne au premier une nouvelle dimension en accouchant de ce qu’il sait faire de mieux : un maniement des synthétiseurs adamantins et de voix qui agissent comme des spectres, des fantômes de l’ancien album venus hanter celui- ci. Blue Moon Safari replonge effectivement dans le passé, comme une bouchée à pleine dents dans une madeleine de Proust dont on ne s’était jamais vraiment séparé. Un peu comme si Moon Safari était resté enfoui quelque part au fond de nous. Mais il n’est ici pas question de se figer dans la nostalgie et les bons souvenirs. Vegyn fait à nouveau briller le classique d’Air mais avec un tout nouvel éclat. Au vu de l’immensité de la tâche, seul quelqu’un prétendant pouvoir tailler des diamants en était capable.

Pour aller écouter Blue Moon Safari de Vegyn.