« La chair est triste, hélas » mais la parole persiste

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Sur scène, les mots d’Ovidie sont autant cathartiques pour elle que pour le public majoritairement féminin. Le sujet central de sa pièce, sa grève du sexe, sert de point de départ à une étude sociologique plus large.

La voix rauque d’Anna Mouglalis est puissante, elle incarne le dégoût et la rage de plus d’une génération de femmes. Habillée en gris, sur la scène froide du théâtre de l’Atelier, l’actrice et mannequin se lance dans le monologue écrit et mis en scène par Ovidie. Figure féministe, autrice et réalisatrice, elle a publié en 2023 le livre La chair est triste. 

Derrière la comédienne, un écran est fragmenté en plusieurs panneaux décalés. Des vidéos arrivent comme une respiration entre deux parties. Les images sont parfois difficilement lisibles et pourtant lourdes de sens, elles représentent ce dont il est question sur scène : violences gynécologiques, désir des hommes, sexualisation des enfants, harcèlement, simulation d’orgasme. 

Le texte, plus cathartique que didactique, déroule une série d’expériences partagées. Dès le début, un dialogue s’installe avec le public qui répond avec des rires d’approbation ou des silences vertigineux. Des voix s’élèvent parfois pour répondre un « oui » spontané comme lorsqu’Anna Mouglalis clame «  Les hommes hétéros baisent mal ». 

Anna Mouglalis sur scène et sur écran © Christophe Raynaud de Lage

Déconstruire pour reconstruire

Avec ce texte, Ovidie ne s’arrête pas aux hommes. Elle évoque aussi les violences féminines, celles qu’elle s’inflige à elle-même sous la pression du système : se maquiller, s’épiler, risquer sa vie sur une table d’opération pour une chirurgie, et même entrer en rivalité avec d’autres femmes. 

Toutes les violences et les perversions qu’elle constate dans le comportement des hommes qui ont croisé sa route sont bien connues des femmes : être désirée trop jeune par des hommes trop vieux, ne pas avoir eu le temps de dire oui ou non avant un acte, ou encore être suivi par un inconnu tard dans la nuit et même en pleine journée. Le but n’est pas de révéler, mais d’exorciser une douleur ancrée.

Le spectacle approche de la fin quand Ovidie, portée par la voix d’Anna Mouglalis déclare « Je ne déteste pas les hommes ». Certains sont ses amis, mais ils ne seront plus ses amants. La grève du sexe est déclarée depuis plus de six ans. Mais cette justification qui vient clôturer le spectacle résonne comme une réponse au Not All Men tant entendu face aux discours féministes. 

Lors de la représentation du 9 octobre, un jeune homme qui accompagnait sa copine a quitté la salle avant la fin. Un acte qui en dit long : La chair est triste, hélas dérange et déstabilise les hommes qui ont peur de se reconnaître dans ce récit. 

La Chair est triste, hélas

Du 9 septembre au 25 octobre 2025
Du mardi au samedi à 21h
Durée : 1h10