Au printemps dernier se jouait à la Comédie française Une mouette, mise en scène du chef-d’œuvre d’Anton Tchekhov par Elsa Granat. En septembre, la troupe retrouve les planches pour des prolongations prévues jusqu’en janvier 2026.
Quelques minutes après le début du spectacle, Nina Zaretchnaïa fait son entrée. Sur scène, les autres personnages la regardent délivrer le texte écrit pat Constantin Treplev. L’obscurité, la fumée, l’odeur du souffre… Comme promis, tout y est.
Cette scène, cela fait maintenant 130 ans que les comédiens et metteurs en scène s’y confrontent inlassablement. Le génie de Tchekhov traverse les âges et à chaque adaptation se pose toujours la même question : comment montrer La Mouette sous un œil nouveau ?

Consciente du gabarit de ce classique du théâtre moderne – d’où le titre modifié Une mouette, signe d’humilité – Elsa Granat s’efforce malgré tout de s’approprier l’œuvre. La metteuse en scène, qui signe ici sa première réelle contribution à la Comédie française, cherche en effet à apporter un regard plus contemporain à la pièce.
Pour cela, elle s’appuie principalement sur les personnages féminins, dont notamment Arkadina qu’elle pousse dans la lumière plus que de raison en écrivant des scènes supplémentaires pour elle. Malheureusement, le résultat est plutôt fade. Les décors, les costumes, les dynamiques internes aux scènes : rien ne semble très nouveau.
L’intérêt particulier porté à Arkadina aurait pu être pertinent, s’il avait été plus assumé. Dans une pièce où la choralité fait la loi et où les questions de liberté et de création sont le sujet central, se concentrer sur ce personnage, et en plus le faire à moitié, devient un choix critiquable. À cela s’ajoutent des superpositions contemporaines maladroites, comme le moment désastreux où la musique de Benson Boone Beautiful Things vient illustrer l’amour de Nina pour Trigorine. En bref, on remarque les tentatives d’Elsa Granat, sans en saisir réellement le sens. Une mouette a néanmoins le mérite de mettre en scène des comédiens et comédiennes puissants qui savent malgré tout entraîner le public avec eux sans qu’une seule longueur ne se fasse ressentir.
Découvrez la bande-annonce de la pièce !


